Homélie pour le 28e Dimanche – Année C

Posted on 6 octobre, 2022 by Yves Bériault, o.p.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17, 11-19

En ce temps-là,
    Jésus, marchant vers Jérusalem,
traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.
    Comme il entrait dans un village,
dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance
    et lui crièrent :
« Jésus, maître,
prends pitié de nous. »
    À cette vue, Jésus leur dit :
« Allez vous montrer aux prêtres. »

En cours de route, ils furent purifiés.

    L’un d’eux, voyant qu’il était guéri,
revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.
    Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus
en lui rendant grâce.
Or, c’était un Samaritain.
    Alors Jésus prit la parole en disant :
« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ?
Les neuf autres, où sont-ils ?

    Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger
pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »
    Jésus lui dit :
« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

COMMENTAIRE

La liturgie de la Parole est tout particulièrement adaptée à cette fête de l’Action de grâce. Mais rendre grâce c’est bien plus que se réjouir ou dire un simple merci. C’est aussi reconnaître l’auteur de la vie à travers ses bienfaits et entrer dans cette dynamique de louange et d’adoration dont un Samaritain nous donne l’exemple dans l’évangile. N’est-ce pas se souvenir de Jésus Christ comme le fait Paul à son fils bien-aimé Timothée!

Dans ce récit, nous voyons Jésus marcher vers Jérusalem, cette ville où l’on tue les prophètes. Sur sa route, dix lépreux s’avancent vers lui, tout en se tenant à distance, car leur maladie les rend impurs. Ils implorent la pitié de Jésus afin d’être guéris. On le sait bien par les évangiles, Jésus est le témoin de la compassion de Dieu. Il guérit, il pardonne, il ramène à la vie, et devant ces lépreux qui crient leur misère, Jésus est saisi de pitié. Il les envoie donc se montrer aux prêtres du Temple sans avoir même posé un seul geste; c’est chemin faisant que les dix lépreux seront guéris. 

Mais pourquoi se montrer aux prêtres ? C’est que seuls ces derniers pouvaient attester de la guérison d’un lépreux et ainsi confirmer sa réadmission dans la société dont il était banni à cause de sa lèpre. Le premier souci de Jésus est donc que ces lépreux puissent vivre en hommes libres au cœur de la cité.

C’est dans la foi et animés d’une folle espérance que ces hommes se dirigent vers Jérusalem, mais alors qu’ils sont guéris en route, un seul d’entre eux revient vers Jésus. Il s’agit d’un Samaritain que tout sépare des Juifs et de leur religion. Pourtant, il est le seul à se prosterner devant Jésus en glorifiant Dieu à pleine voix. Sa foi en Jésus devient l’occasion de l’affirmation d’une grande nouveauté en Israël. Désormais, pour rendre gloire à Dieu, ce n’est plus vers le Temple de Jérusalem qu’il faudra se tourner, mais vers Jésus lui-même.

Il est difficile de juger les autres lépreux, mais Jésus semble déçu de leur attitude. C’est comme s’ils avaient accueilli leur guérison sans aller au cœur de cette expérience, comme s’ils étaient restés en surface. L’heure de Dieu est passée et ils n’ont pas véritablement accueilli celui qui les visitait. Ils se sont attachés davantage à ses dons, qu’au sens de l’appel qui leur était fait à travers cet évènement de leur guérison. Et c’est là un danger qui nous guette nous aussi.

Mais il y a un aspect de ce récit qui est quand même intrigant. Ce Samaritain fait partie d’un groupe de lépreux où il y a neuf Juifs. Comme si le malheur avait fait de ces dix hommes des compagnons d’infortune, solidaires dans leur malheur, alors que le plus lointain d’entre eux va devenir un modèle de foi pour les autres. Il en est encore ainsi dans nos sociétés et dans nos vies personnelles où se vivent de ces solidarités imprévues avec des inconnus qui préparent le terrain à des découvertes merveilleuses, des rencontres qui vont changer nos vies.

Plus que jamais nos sociétés sont devenues des carrefours des nations où se rencontrent des personnes d’horizons des plus divers. Elles viennent à nous avec un regard différent sur le monde, un regard capable de nous aider à voir notre monde avec des yeux neufs. Ces personnes nous apportent leur musique, leurs coutumes, leur cuisine, leur art, leur foi en Dieu, leur joie de vivre, l’amour de leurs proches, sans oublier leur contribution à l’effort commun de bâtir ensemble une société meilleure.

Le pape François soulignait au tout début de son pontificat le danger d’une Église repliée sur elle-même, atteinte du syndrome qu’il appelle « l’auto-référencement », c’est-à-dire une attitude par laquelle certains chrétiens vivraient en vase clos, où le pur et l’impur du pharisaïsme reprendrait ses lettres de noblesse, en excluant ceux et celles qui ne sont pas des nôtres. Les dix lépreux de notre évangile représentent en quelque sorte tous les exclus du monde, alors que Jésus n’hésite pas à se faire proche d’eux, à les guérir et à les réintroduire dans la cité. Qu’en est-il de nous  disciples de Jésus Christ?

Elle est loin l’époque où nous formions une société tricotée-serrée où l’étranger était une bête rarissime, et où l’exclusion « des autres », si différents de nous, allait de soi. Même si cette méfiance n’a pas complètement disparue, notre démographie connaît une véritable révolution alors qu’un pourcentage de plus en plus grand de familles, une sur dix selon les dernières statistiques, compte au moins un membre qui provient d’un autre pays. 

Nous connaissons tous des couples où l’un des conjoints vient d’ailleurs. Combien d’enfants adoptés à l’étranger qui grandissent dans nos familles, de vrais petits Canadiens, sans oublier le phénomène de l’immigration et des réfugiés que nous accueillons chaque année ! 

Pour reprendre l’image évocatrice de l’évangile et nous l’appliquer à nous aujourd’hui, je dirais qu’à l’entrée du village global où nous marchons avec Jésus, une foule bigarrée et de toutes provenances nous attend. Et quand le prêtre ou le diacre, à la fin de nos eucharisties, nous dit : « Allez dans la paix du Christ ! », cela signifie que les portes de nos églises ne sont pas faites uniquement pour qu’on y entre, ou pire encore, pour qu’on les ferme, mais qu’elles sont surtout faites pour qu’on les franchissent avec le Christ, porteurs de sa paix et de sa miséricorde. Nos célébrations n’ont pas d’autres finalités que celle-là !

Yves Bériault, o.p. Ordre des prêcheurs (Dominicains)

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