A détresse extrême, compassion extrême

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1,40-45. 
En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »
À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié.
Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt
en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. »
Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.

COMMENTAIRE de Jacques Marcotte

http://www.spiritualite2000.com/2018/02/homelie-pour-le-6e-dimanche-t-o-b/

Ce n’est pas drôle d’être atteint d’un mal contagieux, d’être mis en isolation, d’être en quarantaine… Toute la vie devient compliquée… pour nous-mêmes qui devons accepter d’être éloignés pour un temps des autres, privés de leur visite, de contacts normaux avec nos semblables. Ce n’est pas drôle non plus pour nos proches qui ne peuvent nous approcher sans prendre toutes les précautions nécessaires. Il y a un mur qui nous sépare. Malgré, bien sûr, que des bons soins « travaillent » intensément à nous guérir avec des chances de réussir à le faire rapidement.

C’était le sort réservé aux lépreux autrefois. On craignait la contagion. Ils étaient exclus, mis à part, sans grande possibilité – à l’époque – d’être soignés. C’était fatal dans la plupart des cas. Des morts vivants, c’est ce qu’ils devenaient. Un peu comme on a vu il y a quelques années en Afrique de l’Ouest au plus fort de l’épidémie de la fièvre Ébola.

Tout cela nous fait comprendre l’enjeu du miracle et du signe accomplis par Jésus aujourd’hui. Cette fois, le malade a franchi les barrières qui l’isolaient. Sa foi en Jésus lui a fait se frayer un passage jusqu’à lui, jusqu’à tomber à ses genoux en disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Le pauvre homme joue le tout pour le tout. La réaction normale de Jésus aurait dû être de fuir, de dénoncer ce malheureux.

Jésus choisit au contraire de jouer lui aussi le tout pour le tout en faveur de cet homme. Il s’éprend de pitié, d’une compassion extrême pour ce malheureux. Il puise en lui-même toute l’énergie divine qui lui fait dire : « Je le veux soit purifié ». Et cela après l’avoir touché, après avoir posé le geste dangereux et socialement condamné. Jésus mise sur la foi du lépreux. Il engage sa puissance divine et tout son amour. Et l’homme est purifié de sa lèpre.

La suite nous permet de voir que les conséquences, si elles sont heureuses pour l’homme guéri, ne sont pas très intéressantes pour Jésus. L’homme purifié n’a pas respecté les consignes de discrétion que lui avait prescrites Jésus. On le miraculé de n’avoir pas pu se retenir. Il était tellement content! Mais pour Jésus ça voudra dire se tenir loin des villages et des lieux habités. C’est à son tour de devoir s’isoler, se tenir à l’écart, vivre l’exclusion. On peut dire que c’était pour lui le prix à payer pour avoir guéri cet homme.

Au-delà de cet évènement déjà très beau en lui-même et révélateur de la puissance de la foi dans le Christ, révélateur de la puissance merveilleuse du Christ, il y a à considérer la portée spirituelle immense de geste qui nous rejoint chacun, chacune aujourd’hui.

Nous sommes marqués nous aussi de la lèpre du péché. La peur, l’incompréhension, l’isolement nous tiennent dans la tristesse, la solitude et l’incapacité de nous en sortir tout seul. À moins de nous tourner résolument vers le Seigneur. Lui-même il a franchi les barrières de nos solitudes, de nos souffrances, de la mort elle-même. Il en a fait personnellement l’expérience.

Ressuscité, il s’offre à nous toucher personnellement de son Esprit Saint, dans la grâce des sacrements de son Église. Il éveille lui- même notre foi. A nous de lui faire pleine confiance, de puiser abondamment à sa puissance de vie qui nous purifiera et nous rendra capables de liens fraternels authentiques avec nos frères et sœurs en communion intime et personnelle avec Dieu lui-même.

Entrons dans cette espérance et rendons grâce pour l’œuvre d’amour et de salut qui s’accomplit pour nous dans la personne de Jésus, le Christ, notre Sauveur. Amen.

 

Anunțuri

Saint François de Sales

Du pape Benoît XVI, 2011

Chers frères et sœurs,

«Dieu est le Dieu du cœur humain» (Traité de l’Amour de Dieu, I, XV): dans ces paroles apparemment simples, nous percevons l’empreinte de la spiritualité d’un grand maître, dont je voudrais vous parler aujourd’hui, saint François de Sale, évêque et docteur de l’Eglise. Né en 1567 dans une région frontalière de France, il était le fils du Seigneur de Boisy, antique et noble famille de Savoie. Ayant vécu à cheval entre deux siècles, le XVIe et le XVIIe, il rassemblait en lui le meilleur des enseignements et des conquêtes culturelles du siècle qui s’achevait, réconciliant l’héritage de l’humanisme et la tension vers l’absolu propre aux courants mystiques. Sa formation fut très complète; à Paris, il suivit ses études supérieures, se consacrant également à la théologie, et à l’Université de Padoue celles de droit, suivant le désir de son père, qu’il conclut brillamment par une maîtrise in utroque iure, droit canonique et droit civil. Dans sa jeunesse équilibrée, réfléchissant sur la pensée de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin, il traversa une crise profonde qui le conduisit à s’interroger sur son salut éternel et sur la prédestination de Dieu à son égard, vivant avec souffrance comme un véritable drame spirituel les questions théologiques de son époque. Il priait intensément, mais le doute le tourmenta si fort que pendant plusieurs semaines, il ne réussit presque plus à manger et à dormir. Au comble de l’épreuve, il se rendit dans l’église des dominicains à Paris, ouvrit son cœur et pria ainsi: «Quoi qu’il advienne, Seigneur, toi qui détiens tout entre tes mains, et dont les voies sont justice et vérité; quoi que tu aies établi à mon égard…; toi qui es toujours un juge équitable et un Père miséricordieux, je t’aimerai Seigneur (…) je j’aimerai ici, ô mon Dieu, et j’espérerai toujours en ta miséricorde, et je répéterai toujours tes louanges… O Seigneur Jésus, tu seras toujours mon espérance et mon salut dans la terre des vivants» (I Proc. Canon., vol. I, art. 4). François, âgé de vingt ans, trouva la paix dans la réalité radicale et libératrice de l’amour de Dieu: l’aimer sans rien attendre en retour et placer sa confiance dans l’amour divin; ne plus demander ce que Dieu fera de moi: moi je l’aime simplement, indépendamment de ce qu’il me donne ou pas. Ainsi, il trouva la paix, et la question de la prédestination — sur laquelle on débattait à cette époque — s’en trouva résolue, car il ne cherchait pas plus que ce qu’il pouvait avoir de Dieu; il l’aimait simplement, il s’abandonnait à sa bonté. Et cela sera le secret de sa vie, qui transparaîtra dans son œuvre principale: le Traité de l’amour de Dieu.

En vainquant les résistances de son père, François suivit l’appel du Seigneur et, le 18 décembre 1593, fut ordonné prêtre. En 1602, il devint évêque de Genève, à une époque où la ville était un bastion du calvinisme, au point que le siège épiscopal se trouvait «en exil» à Annecy. Pasteur d’un diocèse pauvre et tourmenté, dans un paysage de montagne dont il connaissait aussi bien la dureté que la beauté, il écrivit: «[Dieu] je l’ai rencontré dans toute sa douceur et sa délicatesse dans nos plus hautes et rudes montagnes, où de nombreuses âmes simples l’aimaient et l’adoraient en toute vérité et sincérité; et les chevreuils et les chamois sautillaient ici et là entre les glaciers terrifiants pour chanter ses louanges» (Lettre à la Mère de Chantal, octobre 1606, in Œuvres, éd. Mackey, t. XIII, p. 223). Et toutefois, l’influence de sa vie et de son enseignement sur l’Europe de l’époque et des siècles successifs apparaît immense. C’est un apôtre, un prédicateur, un homme d’action et de prière; engagé dans la réalisation des idéaux du Concile de Trente; participant à la controverse et au dialogue avec les protestants, faisant toujours plus l’expérience, au-delà de la confrontation théologique nécessaire, de l’importance de la relation personnelle et de la charité; chargé de missions diplomatiques au niveau européen, et de fonctions sociales de médiation et de réconciliation. Mais saint François de Sales est surtout un guide des âmes: de sa rencontre avec une jeune femme, madame de Charmoisy, il tirera l’inspiration pour écrire l’un des livres les plus lus à l’époque moderne, l’Introduction à la vie dévote; de sa profonde communion spirituelle avec une personnalité d’exception, sainte Jeanne Françoise de Chantal, naîtra une nouvelle famille religieuse, l’Ordre de la Visitation, caractérisé — comme le voulut le saint — par une consécration totale à Dieu vécue dans la simplicité et l’humilité, en accomplissant extraordinairement bien les choses ordinaires: «… Je veux que mes Filles — écrit-il — n’aient pas d’autre idéal que celui de glorifier [Notre Seigneur] par leur humilité» (Lettre à Mgr de Marquemond, juin 1615). Il meurt en 1622, à cinquante-cinq ans, après une existence marquée par la dureté des temps et par le labeur apostolique.

La vie de saint François de Sales a été une vie relativement brève, mais vécue avec une grande intensité. De la figure de ce saint émane une impression de rare plénitude, démontrée dans la sérénité de sa recherche intellectuelle, mais également dans la richesse de ses sentiments, dans la «douceur» de ses enseignements qui ont eu une grande influence sur la conscience chrétienne. De la parole «humanité», il a incarné les diverses acceptions que, aujourd’hui comme hier, ce terme peut prendre: culture et courtoisie, liberté et tendresse, noblesse et solidarité. Il avait dans son aspect quelque chose de la majesté du paysage dans lequel il a vécu, conservant également sa simplicité et son naturel. Les antiques paroles et les images avec lesquelles il s’exprimait résonnent de manière inattendue, également à l’oreille de l’homme d’aujourd’hui, comme une langue natale et familière.

François de Sales adresse à Philotée, le destinataire imaginaire de son Introduction à la vie dévote (1607) une invitation qui, à l’époque, dut sembler révolutionnaire. Il s’agit de l’invitation à appartenir complètement à Dieu, en vivant en plénitude la présence dans le monde et les devoirs de son propre état. «Mon intention est d’instruire ceux qui vivent en villes, en ménages, en la cour […]» (Préface de l’Introduction à la vie dévote). Le document par lequel le Pape Pie ix, plus de deux siècles après, le proclamera docteur de l’Eglise insistera sur cet élargissement de l’appel à la perfection, à la sainteté. Il y est écrit: «[la véritable piété] a pénétré jusqu’au trône des rois, dans la tente des chefs des armées, dans le prétoire des juges, dans les bureaux, dans les boutiques et même dans les cabanes de pasteurs […]» (Bref Dives in misericordia, 16 novembre 1877). C’est ainsi que naissait cet appel aux laïcs, ce soin pour la consécration des choses temporelles et pour la sanctification du quotidien sur lesquels insisteront le Concile Vatican ii et la spiritualité de notre temps. L’idéal d’une humanité réconciliée se manifestait, dans l’harmonie entre action dans le monde et prière, entre condition séculière et recherche de perfection, avec l’aide de la grâce de Dieu qui imprègne l’homme et, sans le détruire, le purifie, en l’élevant aux hauteurs divines. Saint François de Sales offre une leçon plus complexe à Théotime, le chrétien adulte, spirituellement mûr, auquel il adresse quelques années plus tard son Traité de l’amour de Dieu (1616). Cette leçon suppose, au début, une vision précise de l’être humain, une anthropologie: la «raison» de l’homme, ou plutôt l’«âme raisonnable», y est vue comme une architecture harmonieuse, un temple, articulé en plusieurs espaces, autour d’un centre, qu’il appelle, avec les grands mystiques, «cime», «pointe» de l’esprit, ou «fond» de l’âme. C’est le point où la raison, une fois parcourus tous ses degrés, «ferme les yeux» et la connaissance ne fait plus qu’un avec l’amour (cf. livre I, chap. XII). Que l’amour, dans sa dimension théologale, divine, soit la raison d’être de toutes les choses, selon une échelle ascendante qui ne semble pas connaître de fractures et d’abîmes. Saint François de Sales l’a résumé dans une phrase célèbre: «L’homme est la perfection de l’univers; l’esprit est la perfection de l’homme; l’amour, celle de l’esprit; et la charité, celle de l’amour» (ibid., livre X, chap. I).

Dans une saison d’intense floraison mystique, le Traité de l’amour de Dieu est une véritable somme, en même temps qu’une fascinante œuvre littéraire. Sa description de l’itinéraire vers Dieu part de la reconnaissance de l’«inclination naturelle» (ibid., livre I, chap. XVI), inscrite dans le cœur de l’homme bien qu’il soit pécheur, à aimer Dieu par dessus toute chose. Selon le modèle de la Sainte Ecriture, saint François de Sales parle de l’union entre Dieu et l’homme en développant toute une série d’images de relation interpersonnelle. Son Dieu est père et seigneur, époux et ami, il a des caractéristiques maternelles et d’une nourrice, il est le soleil dont même la nuit est une mystérieuse révélation. Un tel Dieu attire l’homme à lui avec les liens de l’amour, c’est-à-dire de la vraie liberté: «Car l’amour n’a point de forçats ni d’esclaves, [mais] réduit toutes choses à son obéissance avec une force si délicieuse, que comme rien n’est si fort que l’amour, aussi rien n’est si aimable que sa force» (ibid., livre I, chap. VI). Nous trouvons dans le traité de notre saint une méditation profonde sur la volonté humaine et la description de son flux, son passage, sa mort, pour vivre (cf. ibid., livre IX, chap. XIII) dans l’abandon total non seulement à la volonté de Dieu, mais à ce qui Lui plaît, à son «bon plaisir» (cf. ibid., livre IX, chap. I). Au sommet de l’union avec Dieu, outre les ravissements de l’extase contemplative, se place ce reflux de charité concrète, qui se fait attentive à tous les besoins des autres et qu’il appelle «l’extase de l’œuvre et de la vie» (ibid., livre VII, chap. VI).

On perçoit bien, en lisant le livre sur l’amour de Dieu et plus encore les si nombreuses lettres de direction et d’amitié spirituelle, quel connaisseur du cœur humain a été saint François de Sales. A sainte Jeanne de Chantal, à qui il écrit: «[…] car voici la règle générale de notre obéissance écrite en grosses lettres: il faut tout faire par amour, et rien par force; il faut plus aimer l’obéissance que craindre la désobéissance. Je vous laisse l’esprit de liberté, non pas celui qui forclos [exclut] l’obéissance, car c’est la liberté de la chair; mais celui qui forclos la contrainte et le scrupule, ou empressement» (Lettre du 14 octobre 1604). Ce n’est pas par hasard qu’à l’origine de nombreux parcours de la pédagogie et de la spiritualité de notre époque nous retrouvons la trace de ce maître, sans lequel n’auraient pas existé saint Jean Bosco ni l’héroïque «petite voie» de sainte Thérèse de Lisieux.

Chers frères et sœurs, à une époque comme la nôtre qui recherche la liberté, parfois par la violence et l’inquiétude, ne doit pas échapper l’actualité de ce grand maître de spiritualité et de paix, qui remet à ses disciples l’«esprit de liberté», la vraie, au sommet d’un enseignement fascinant et complet sur la réalité de l’amour. Saint François de Sales est un témoin exemplaire de l’humanisme chrétien avec son style familier, avec des paraboles qui volent parfois sur les ailes de la poésie, il rappelle que l’homme porte inscrite en lui la nostalgie de Dieu et que ce n’est qu’en Lui que se trouve la vraie joie et sa réalisation la plus totale.

Le baptême de Jésus

Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église 
Homélies sur l’évangile de Marc. 

« Et il fut baptisé dans le Jourdain par Jean. » Grande est sa miséricorde : celui qui n’avait pas commis de péché est baptisé comme un pécheur. Dans le baptême du Seigneur tous les péchés sont remis. Mais Il n’est qu’une sorte de préfiguration du baptême du Sauveur, car la vraie rémission des péchés est dans le sang du Christ, dans le mystère de la Trinité. 
« Et ressortant de l’eau, il vit les cieux ouverts. » Tout cela est écrit pour nous. Donc avant de recevoir le baptême, nous avons les yeux fermés, nous ne voyons pas les réalités célestes. 

« Il vit l’Esprit-Saint descendre comme une colombe et demeurer sur lui. Et il y eut une voix du haut du ciel : tu es mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute ma faveur ». Nous voyons le mystère de la Trinité : Jésus est baptisé, l’Esprit-Saint descend sous l’apparence d’une colombe, le Père parle du haut du ciel.
« Il vit les cieux ouverts.» L’expression « il vit » montre que les autres n’avaient pas vu. Que l’on n’aille pas s’imaginer les cieux simplement et matériellement ouverts : nous-mêmes qui maintenant sommes en ce lieu, selon la diversité de nos mérites, nous voyons les cieux ouverts ou fermés. Une foi totale voit les cieux ouverts, mais une foi qui doute les voit fermés. 

« Il vit les cieux ouverts, et l’Esprit comme une colombe descendre et demeurer sur lui. » (Jn 1,32) Voyez ce que dit l’Écriture : demeurer, c’est-à-dire ne pas s’en aller. Sur le Christ, l’Esprit-Saint est descendu et est demeuré ; tandis que sur les hommes, il descend mais ne demeure pas. En effet espérons-nous que l’Esprit-Saint demeure en nous quand nous haïssons notre frère ou que nous avons des pensées mauvaises ? Si donc nous avons de bonnes pensées, sachons que l’Esprit-Saint habite en nous, mais si nous en avons de mauvaises, c’est le signe que l’Esprit-Saint s’est retiré de nous. C’est pourquoi il est dit du Sauveur : « Celui sur qui tu verras l’Esprit Saint descendre et demeurer, c’est lui. » (Jn 1,33)

Andrei

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Auzind că Ioan a fost închis, Isus s-a retras în Galileea. Şi, părăsind Nazaretul, a venit şi s-a stabilit la Cafarnaum, care este pe malul mării, în ţinuturile lui Zabulon şi Neftali, ca să se împlinească ceea ce a fost spus prin profetul Isaia:
Pământ al lui Zabulon şi pământ al lui Neftali,
pe drumul spre mare, dincolo de Iordan,
Galileea păgânilor!
Poporul care zăcea în întuneric
a văzut o lumină mare,
iar celor care locuiau
în ţinutul întunecos al morţii,
le-a răsărit o lumină.

De atunci a început Isus să predice şi să spună: „Convertiţi-vă, pentru că s-a apropiat împărăţia cerurilor”.
Umblând de-a lungul Mării Galileei, a văzut doi fraţi: pe Simon, numit Petru, şi pe Andrei, fratele lui, aruncând năvodul în mare, căci erau pescari, şi le-a spus: „Veniţi după mine şi vă voi face pescari de oameni!” Iar ei, părăsind îndată năvoadele, l-au urmat. Plecând de acolo, a văzut alţi doi fraţi, pe Iacob, fiul lui Zebedeu, şi pe Ioan, fratele lui, în barcă, împreună cu Zebedeu, tatăl lor, reparându-şi năvoadele, şi i-a chemat. Iar ei, părăsind îndată barca şi pe tatăl lor, l-au urmat (Mt 4,12-23).

*

Poporul care zăcea în întuneric a văzut o lumină mare,
iar celor care locuiau în ţinutul întunecos al morţii,
le-a răsărit o lumină.

„Iată de ce Isus parcurge perimetrul Mării Galileei,
are grijă să ne explice Evanghelia (Mt 4,18; Mc 1,16).
Nu departe de mal, Isus îi remarcă, printre pescarii
de pe lac,
pe Simon Petru şi pe Andrei, apoi pe Ioan şi Iacob.
Înainte de a-i alege pe cei Doisprezece,
Isus a petrecut o noapte întreagă pe munte, în rugăciune,
după cum ne încredinţează Luca (6,12).
Ştie deci ce poartă-n inimi aceşti bărbaţi (In 2,25).
Îi cheamă la el. I-a ales, aşa cum le-o va zice chiar el
mai târziu,
în deplina, suprema libertate a lui Dumnezeu:
„Nu voi m-aţi ales pe mine, ci eu v-am ales
şi v-am rânduit” (In 15,16).
Chemarea nu ţine de dorinţa cuiva.
E răspunsul, prin întreaga viaţă, la chemarea divină,
după ascultarea unui cuvânt ce a pătruns până în
adâncul inimii.
Cei patru bărbaţi galileeni îşi au, fiecare, rostul său.
Au casă, familie, profesie.
Cei ce îl urmează pe Cristos n-o fac din lipsă de ceva
mai bun sau ca să umple un gol:
Isus n-a chemat oameni trândavi,
căci a-l urma e orice, numai sinecură sau refugiu nu.
Petru şi Andrei îşi aruncau năvoadele;
Iacob şi Ioan şi le reparau pe ale lor;
erau în toiul muncii, ori al pregătirilor de muncă,
şi atunci l-au văzut trecând pe Domnul, i-au auzit
glasul.  (…)

Iată, Fiul Omului trece astăzi
pe malul propriului nostru lac al Tiberiadei:
Când a intrat el în Ierusalim,
toată cetatea s-a tulburat şi spunea:
„Cine este acesta?”
Iar mulţimile spuneau:
„Acesta este profetul Isus
din Nazaretul Galileei” (Mt 21,10-11).
El singur are cuvintele vieţii veşnice ( In 6,68), o
ştim prea bine!
Nu putem deci să ne prefacem că nu l-am auzit!
Numai el, potrivit credinţei noastre, are ultimul cuvânt
despre moarte,
moartea pe care a călcat-o în picioare…
Şi numai la el găsim leacul tuturor durerilor noastre,
în care îşi revarsă, tainic, tăcut, Prezenţa.
Nu putem continua ca şi cum n-am cunoaşte adevărul!
Nimeni altul nu a putut spune, precum Cristos:
„Eu sunt Calea, Adevărul, şi Viaţa” (In 14,16),
dovedind cele spuse prin moartea şi învierea lui,
căreia îi vom fi părtaşi (cf. Rom 6,5).

Fragment de omilie de P.-M Delfieux, Paris, talmacire publicata în volumul „Ce vreau Eu este iubirea”, editura Sapientia Iasi.

Născut în regiunea franceză Aveyron în 1934, într-o familie de catolici practicanţi, Pierre-Marie Delfieux a fost hirotonit preot în Dieceza de Rodez, fiind ulterior numit director spiritual printre studenţii de la Sorbona. În perioada tulbure ce a urmat evenimentelor din luna mai 1968, părintele Delfieux a petrecut în pustiul Asekrem din Algeria doi ani de solitudine; pe urmele fericitului frate Charles de Foucauld, a dus o viaţă austeră de muncă, meditaţie şi rugăciune. În această „pustnicie” s-a înfiripat un proiect de viaţă călugărească în plin oraş, „acolo unde se află adevăratul deşert”. Acest proiect a devenit realitate cu sprijinul cardinalului François Marty, arhiepiscopul de atunci al Parisului, care a încredinţat noii fraternităţi Biserica „Saint-Gervais”.
Fratele Pierre-Marie a decedat în urma unei boli grele la 21 februarie 2013. Se afla atunci în comunitatea de la Magdala, din departamentul Loir-et-Cher, unde se află mormântul său. Euharistia de adio a avut loc la Catedrala „Notre-Dame” din Paris.

La sainteté consiste à appartenir au Christ

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Les Béatitudes nous décrivent avant tout 
la personne même de Jésus, 
cette allégresse intime qui ne cesse de l’habiter 
parce qu’il est le Fils d’un tel Père.
Parce que Jésus échange avec son Père 
une joie insondable, il ne peut rien dire de plus beau 
que ce qu’il est lui-même, c’est-à-dire heureux.

Heureux parce qu’il voit le Père et le connaît.
Heureux, parce qu’étant Fils et totalement Fils, 
il est le pauvre.
Heureux, parce qu’étant dans le sein du Père, 
il est en paix avec Dieu et avec lui-même.
Heureux, parce qu’étant dans l’Amour du Père, 
il est Miséricorde.
Heureux, parce qu’étant envoyé par le Père, 
il a faim et soif de nous faire connaître l’Amour de Dieu.
Heureux, parce que crucifié en croix, 
c’est encore l’Amour qui l’anime, 
qu’il nous donne et qu’il manifeste.
Heureux, Bienheureux le Christ : il n’est que Béatitude.
Il est la Béatitude.
Et cette joie, cette allégresse qui l’unit à son Père à profusion, 
il l’a répandue sur nous par l’Esprit Saint qui nous est donné.
Car personne ne peut dire connaître Dieu, 
si ce n’est dans l’Esprit qui scrute 
jusqu’aux profondeurs de Dieu.

En ce jour où nous célébrons en une seule fête 
tous les saints, nous tournons nos regards 
vers tous ces hommes et ces femmes, connues ou inconnues, 
ces amis de Dieu qui ont choisi 
de se laisser totalement habiter par le Christ.
Ils ont connu le vrai bonheur 
qui est d’être en communion avec lui, 
de faire corps avec lui 
car ils ont laissé l’Esprit Saint animer leur vie.

La sainteté consiste à appartenir au Christ.
À essayer de le suivre dans une marche 
au jour le jour, sans cesse en devenir.
Ce qui n’est que commencé et encore si imparfait ici-bas 
s’achèvera cependant et se perfectionnera là-haut.
Alors, comme l’écrit si magnifiquement saint Augustin : 
«Là nous nous reposerons et nous verrons. 
Nous verrons et nous aimerons.
Nous aimerons et nous chanterons.
Voilà ce qui sera, à la fin, sans fin.
Car quelle autre fin aurions-nous sinon de parvenir 
ensemble au royaume qui n’aura pas de fin». 
(La Cité de Dieu, L. XXII, XXX,5)
Il n’y a que dans la sainteté que le bonheur nous est donné.

Seigneur, fais que nous soyons donc saints. Tous saints.
Tous ensemble, tes enfants et tes amis.

Fragment d’une homélie sur la Toussaint inspirée d’un texte de Mgr Rouet, site des FMJ

La mort engloutie

De Raniero Cantalamessa, franciscain, prédicateur de la maison pontificale

Un homme est mort pour tous

Le Credo de l’Eglise se termine par les paroles : « J’attends la résurrection des morts et le monde à venir ». Il ne dit pas ce qui précèdera la résurrection, c’est-à-dire la mort. A juste titre, car la mort n’est pas objet de foi, mais d’expérience. Mais la mort nous concerne de trop près pour la passer sous silence.

Afin d’apprécier le changement opéré par le Christ par rapport à la mort, voyons quels sont les remèdes utilisés par l’homme pour affronter le problème. Remèdes qui sont d’ailleurs les mêmes que ceux qu’il utilise aujourd’hui pour se « consoler ». La mort est le problème humain numéro un. Saint Augustin anticipe la réflexion philosophique moderne sur la mort.

« Quand quelqu’un naît – écrit-il – on fait tant d’hypothèses: peut-être sera-t-il beau, peut-être sera-t-il laid; peut-être sera-t-il riche, peut-être sera-t-il pauvre; peut-être vivra-t-il longtemps, peut-être pas… Mais on ne dit de personne: peut-être qu’il mourra ou peut-être qu’il ne mourra pas. C’est la seule chose absolument sûre de la vie. Quand nous savons que quelqu’un est atteint d’hydropisie [maladie incurable à l’époque, aujourd’hui il y en a d’autres] nous disons: « Le pauvre, il doit mourir ; il est condamné, il n’y a pas de remède ». Mais ne devrions-nous pas dire la même chose pour quelqu’un qui naît ? « Le pauvre, il doit mourir, il n’y a pas d remède, il est condamné! » Quelle différence si cela arrive à plus ou moins long terme? La mort est la maladie mortelle que l’on attrape en naissant » .

Peut-être que plus qu’une « vie mortelle », on devrait dire une « mort vivante » pour qualifier notre vie, une vie mourante. Cette pensée d’Augustin a été reprise par Martin Heidegger qui a fait entrer la mort de plein droit dans l’objet de la philosophie. En définissant la vie et l’homme « un-être-vers-la-mort », il fait de la mort non pas un incident qui met un terme à la vie, mais la nature même de la vie, ce dont elle est faite. Vivre c’est mourir. Chaque instant que nous vivons est quelque chose que l’on brûle, ôté à la vie et remis à la mort . « Vivre-vers-la-mort » signifie que la mort n’est pas seulement la fin, mais aussi le but de la vie. On naît pour mourir, un point c’est tout. Nous venons du néant et retournons au néant. Le néant est l’unique possibilité de l’homme.

C’est le renversement le plus radical de la vision chrétienne, selon laquelle l’homme est un « être-pour-l’éternité ». Toutefois, l’affirmation à laquelle est arrivée la philosophie après sa longue réflexion sur l’homme n’est ni scandaleuse ni absurde. La philosophie fait tout simplement son métier; elle montre ce que serait le destin de l’homme livré à lui-même. Elle aide à comprendre la différence que fait la foi en Jésus-Christ.

Plus que la philosophie ce sont peut-être les poètes qui disent les paroles de sagesse les plus simples et les plus vraies sur la mort. L’un d’eux, Giuseppe Ungaretti, en parlant de l’état d’âme des soldats dans les tranchées pendant la Grande Guerre, décrit la situation de tout homme face au mystère de la mort:

« On est là comme

sur les arbres

les feuilles

d’automne ».

Même dans l’Ancien Testament, on ne trouve pas de réponse claire sur la mort. On en parle dans les livres de sagesse mais toujours sous forme de question. Job, les psaumes, l’Ecclésiaste, Ben Sirac le Sage, le Livre de la Sagesse: tous ces livres accordent une grande attention au thème de la mort. « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours – dit un psaume – afin que nos cœurs pénètrent la sagesse » (Ps 90, 12). Pourquoi naît-t-on ? Pourquoi meurt-on ? Où va-t-on après la mort ? Pour le sage de l’Ancien Testament, la seule réponse valable à toutes ces questions est : Dieu le veut ainsi ; sur tout, il y aura un jugement.

La Bible nous rapporte les opinions inquiétantes des incrédules de l’époque: « Notre existence est brève et triste, rien ne peut guérir l’homme au terme de sa vie, on n’a jamais vu personne revenir du séjour des morts… Nous sommes nés par hasard, et après, nous serons comme si nous n’avions pas existé » (Sg 2, 1 ss.). Il n’y a que dans ce livre de la Sagesse, qui est le plus récent des livres de sagesse, que l’on commence à entrevoir l’idée d’une rétribution après la vie sur terre. Les âmes des justes, pense-t-on, sont dans les mains de Dieu, même si on ne sait pas ce que cela veut dire précisément (cf. Sg 3, 1).

Comment a réagi l’homme à cette dure nécessité ? Une manière de régler rapidement la question fut de ne pas y penser, de se distraire. Pour Epicure, par exemple, la mort est un faux problème: « Quand nous sommes – disait-il – la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ». Elle ne nous concerne donc pas.

On s’est accroché aussi à des remèdes positifs. Le plus universel s’appelle « progéniture », survivre dans ses enfants ou dans sa réputation: « Je ne mourrai pas tout entier (« non omnis moriar ») – disait le poète latin Horace –, car resteront de moi mes écrits, ma réputation ». « J’ai achevé un monument plus durable que le bronze » . Pour le marxisme, l’homme survit dans la société du futur, non comme individu mais comme espèce.

La réincarnation est un autre de ces remèdes palliatifs. Mais c’est une sottise. Ceux qui professent cette doctrine comme partie intégrante de leur culture et de leur religion, c’est-à-dire ceux qui savent vraiment ce qu’est la réincarnation, savent aussi que celle-ci n’est ni un remède ni une consolation, mais une punition. Il ne s’agit pas d’une prorogation accordée au plaisir, mais à la purification. L’âme se réincarne parce qu’elle a encore quelque chose à expier, et si elle doit expier, elle devra souffrir. La parole de Dieu met un terme à toutes ces échappatoires, à toutes ces illusions: « Le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés » (He 9, 27). Une seule fois! La doctrine de la réincarnation est incompatible avec la foi des chrétiens.

Notre époque est allée plus loin. Il existe un mouvement au niveau mondial appelé « transhumanisme ». Celui-ci a plusieurs facettes, pas toutes négatives, mais son noyau commun est la conviction que l’espèce humaine, grâce aux progrès de la technologie, est en passe de se surpasser radicalement, jusqu’à vivre pendant des siècles et peut-être pour toujours! Selon un de ses plus hauts représentants, Zoltan Istvan, l’objectif final sera « devenir comme Dieu et vaincre la mort ». Un croyant juif ou chrétien ne peut pas ne pas penser immédiatement aux paroles, presqu’identiques, qui furent prononcées au début de l’histoire humaine: « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Vous serez comme des dieux » (cf. Gn 3,4-5), avec le résultat que nous connaissons.

La mort engloutie dans la victoire

Il existe un seul vrai remède à la mort, et nous, chrétiens, nous trompons le monde si nous ne le proclamons pas par la parole et la vie. Ecoutons comment l’apôtre Paul annonce au monde ce changement:

« Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ […]. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes » (Rm 5, 12-17).

Le triomphe du Christ sur la mort est décrit avec encore plus d’envolée dans la première lettre aux Corinthiens :

« La mort a été engloutie dans la victoire ». « Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? ». L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; ce qui donne force au péché, c’est la Loi. Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Co 15, 54-57).

Le facteur décisif est situé au moment de la mort du Christ : « Il est mort pour tous » (2 Co 5,15). Mais qu’est-il arrivé de si décisif à ce moment-là pour que le visage même de la mort change ? Nous pouvons imaginer la scène. Le Fils de Dieu est descendu dans la tombe, comme dans une sombre prison, mais il en est sorti en traversant le mur opposé. Il n’est pas retourné en arrière, il n’est pas passé par là où il était entré, comme Lazare qui doit néanmoins mourir à nouveau. Non, il a ouvert une brèche sur le versant opposé de l’éternité, par laquelle tous ceux qui croient en lui, peuvent le suivre.

Un ancien Père écrit: « Il a pris sur lui les souffrances de l’homme qui souffre, avec un corps capable de souffrir, et il a détruit les souffrances de la chair; par l’esprit incapable de mourir, il a tué la mort homicide”. Et saint Augustin: « C’est par les souffrances que Jésus-Christ est passé de la mort à la vie, nous traçant ainsi la voie, à nous qui croyons en sa résurrection, afin que nous passions de la mort à la vie » . La mort est devenue un passage et un passage à ce qui ne passe pas ! C’est bien dit par Chrysostome:

« Certes nous mourons comme avant, mais nous ne restons pas dans la mort: et cela ne veut pas dire mourir. Il y a tyrannie de la mort et mort véritable lorsque les morts n’ont plus la possibilité de retourner à la vie. Mais si l’on vit à nouveau après la mort, et d’une vie meilleure, il ne s’agit plus de mort mais d’un endormissement ».

Toutes ces façons d’expliquer le sens de la mort du Christ sont vraies, mais elles ne nous donnent pas l’explication la plus profonde. Cette explication, on doit la chercher plus dans ce que Jésus, par sa mort, est venu mettre dans la condition humaine, que dans ce qu’il est venu enlever; il faut la chercher dans l’amour de Dieu, pas dans le péché de l’homme. Si Jésus souffre et meurt d’une mort violente, qui lui est infligée par haine, il ne le fait pas seulement pour payer à la place des hommes leur dette insolvable (la dette des dix mille talents de la parabole, remise par le roi !); il meurt crucifié pour que la souffrance et la mort des êtres humains soient habitées par l’amour!

L’homme s’était condamné tout seul à une mort absurde et voilà qu’en entrant dans cette mort il découvre que celle-ci est désormais imprégnée de l’amour de Dieu. L’amour n’a pu se passer de la mort, à cause de la liberté de l’être humain: l’amour de Dieu ne peut éliminer d’un coup de baguette magique la tragique réalité du mal et de la mort. Son amour est obligé de laisser la souffrance et la mort dire ce qu’elles ont à dire. Mais puisque l’amour est entré dans la mort et l’a remplie de la présence de Dieu, c’est désormais à l’amour que revient le dernier mot.

Ce qui a changé dans la mort

Qu’est-ce qui a donc changé, avec Jésus, par rapport à la mort ? Rien et tout ! Rien, pour ce qui est de la raison, et tout, pour ce qui est de la foi. La nécessité d’entrer dans la tombe n’a pas changé, mais on nous donne la possibilité d’en sortir. Comme l’illustre avec force l’icône orthodoxe de la résurrection dont nous voyons une interprétation moderne sur le mur gauche de cette chapelle. Le Ressuscité descend aux enfers et entraîne au-dehors avec lui Adam et Eve, et derrière eux tous ceux qui s’agrippent à lui, dans les enfers de ce monde.

Cette scène montre le comportement paradoxal du croyant face à la mort, à la fois si semblable et si différent de tous les autres. Un comportement fait de tristesse, de peur, d’horreur, car il sait qu’il doit descendre dans cet abîme obscur; mais d’espérance aussi parce qu’il sait qu’il peut en sortir. « Si la certitude de devoir mourir nous attriste – dit la préface des défunts – la promesse de l’immortalité future nous console ». Aux fidèles de Thessalonique, affligés par la mort de certains d’entre eux, saint Paul écrivait:

« Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui. » (1 Th 4, 13-14).

Il ne leur demande pas de ne pas être affligés par la mort, mais de ne pas l’être « comme les autres », comme les non croyants. La mort, pour le croyant, n’est pas la fin de la vie mais le début de la vraie vie; ce n’est pas un saut dans le vide mais un saut dans l’éternité. La mort est une naissance et un baptême. C’est une naissance, parce que la vraie vie ne commence qu’à ce moment-là, cette vie qui ne va pas vers la mort mais dure pour toujours. C’est pourquoi l’Eglise ne célèbre pas la fête des saints le jour de leur naissance sur terre, mais le jour de leur naissance au ciel, leur « dies natalis ». Entre une vie de foi dans le temps et la vie éternelle il y a le même rapport que celui qui existe entre la vie de l’embryon dans le sein maternel et celle de l’enfant, une fois né. Cabasilas écrit :

« Ce monde porte en lui le nouvel homme intérieur, celui qui a été créé par Dieu, afin que, façonné et conformé ici-bas, il est enfin enfanté pour un monde parfait et éternellement jeune. De même que la nature prépare l’embryon, tant qu’il est dans une vie obscure, pour une vie dans la lumière, de même en est-il des saints » .

La mort est aussi un baptême. Jésus parle de sa mort en disant : « Je dois recevoir un baptême » (Lc 12,50). Saint Paul parle d’un baptême « dans la mort du Christ » (Rm 6,4). Autrefois, au moment du baptême, la personne était entièrement immergée dans l’eau; tous les péchés et tout le vieil homme étaient ensevelis dans l’eau et il en ressortait une créature toute neuve, symbolisée par la tunique blanche qu’il devait porter. C’est la même chose pour la mort: la chenille meurt et naît le papillon. Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé » (Ap 21, 4). Tout est enseveli à jamais.

Pendant des siècles, surtout après le XVIIème siècle, un aspect important de l’ascèse catholique consistait en une « préparation à la mort », c’est-à-dire à méditer sur la mort, en décrivant ses divers stades et son avancée inexorable de la périphérie du corps jusqu’au cœur. Presque toutes les peintures de saints datant de cette période, on voit une tête de mort placée à côté d’eux. Même François d’Assise qui avait appelé la mort sa « sœur ».

Le cimetière des Capucins de Via Veneto, reste une des attractions touristiques de Rome. Il est indéniable que tout cela peut constituer un rappel encore utile à une époque aussi sécularisée et insouciante que la nôtre; surtout si on lit comme un avertissement l’inscription surmontant un des squelettes dans ce cimetière: « Ce que tu es, je fus; ce que je suis, tu seras ».

Tout cela a donné le prétexte à certains de dire que le christianisme s’impose par la peur de la mort. Mais c’est une terrible erreur. Le christianisme, nous l’avons vu, n’est pas fait pour augmenter la peur de la mort, mais pour l’enlever; Jésus-Christ, dit la Lettre aux Hébreux, est venu « libérer tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves » (He 2,15). Le christianisme trace sa route non pas avec la pensée de notre mort, mais avec celle de la mort du Christ !

C’est pourquoi, il est plus efficace de méditer sur la passion et la mort de Jésus que sur notre mort à nous. Et nous devons dire, en l’honneur des générations qui nous ont précédés, qu’une telle méditation était une pratique courante aussi dans la spiritualité, aux siècles que nous venons d’évoquer. Cette méditation suscite émotion et gratitude, et non de l’angoisse; elle nous fait dire, comme à l’apôtre Paul: « Il m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ! » (Ga 2, 20).

Voici un « pieux exercice » que j’aime recommander durant le Carême : prendre un Evangile et, pour soi-même, lire un récit de la Passion calmement et en entier. J’ai connu une dame, une intellectuelle, qui se disait athée. Un jour lui est tombée dessus une de ces nouvelles qui vous laissent comme morts: sa fille de seize ans était atteinte d’une tumeur osseuse. On l’opère. Elle reviendra de la salle d’opération ravagée, avec des tuyaux, des sondes et des perfusions partout. Elle souffre terriblement, gémit et ne veut entendre aucune parole de réconfort.

Sa maman, la sachant pieuse et religieuse, lui propose: « Veux-tu que je te lise quelque chose de l’Evangile ? ». « Oui, maman! ». « Quoi ? ». « Lis-moi la passion ». Cette dame, qui n’avait jamais lu un évangile, court en acheter un chez les aumôniers; elle s’assoit à son chevet et commence à lire. Au bout d’un petit moment sa fille s’endort, mais elle, elle poursuit sa lecture, dans la pénombre, en silence, jusqu’au bout. « La fille s’endormait – dira-t-elle plus tard, dans le livre qu’elle a écrit après la mort de sa fille –, et la maman se réveillait ! » Elle se réveillait de son athéisme. La lecture de la Passion du Christ avait changé sa vie à jamais .

Terminons par la simple mais intense prière de la liturgie: « Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi, quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum ». « Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons parce que par ta sainte croix tu as racheté le monde ».

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Traduction de Zenit

1.S. Ignace d’Antioche, Lettre aux Ephésiens, 17.

2.S. Augustin, Epître 55, 1, 2 (CSEL, 34,1, p.170).

3.Cf. S. Augustin, Sermon Guelf. 12, 3 (Misc. Ag. I, p. 482 s.).

4.S. Augustin, Confessions I, 6, 7.

5.Cf. M. Heidegger, L’Etre et le Temps, § 51, Longanesi, Milan 1976, p. 308 s.

6.Horace, Odes, III, 30,1.6.

7.Méliton de Sardes, Sur Pâques, 66 (SCh 123, p. 96).

8.S. Augustin, Commentaire sur les Psaumes, 120,6.

9.S. Jean Chrysostome, In Haebr, hom. 17,2 (PG 63, 129).

10.N. Cabasilas, Vie en Jésus-Christ, I, 1-2, édition de U. Neri, UTET, Turin 1971, 65-67.

11.Cf. Rosanna Garofalo, Sopra le ali dell’aquila, Ancora, Milan 1993.

 

A 24-a duminica de peste an

Il est difficile de ne plus parler du 11 septembre 2001. La douleur et l’horreur, les souffrances et les malheurs attachés à ce jour, qui d’entre nous peut les oublier ? Cette année encore, 16 ans plus tard, le message de l’Évangile nous interpelle, nous et tous ceux et celles que des frappes épouvantables ont humiliés,…

via Homélie pour le 24e Dimanche T.O. Année A — Spiritualité 2000