La sainteté consiste à appartenir au Christ

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Les Béatitudes nous décrivent avant tout 
la personne même de Jésus, 
cette allégresse intime qui ne cesse de l’habiter 
parce qu’il est le Fils d’un tel Père.
Parce que Jésus échange avec son Père 
une joie insondable, il ne peut rien dire de plus beau 
que ce qu’il est lui-même, c’est-à-dire heureux.

Heureux parce qu’il voit le Père et le connaît.
Heureux, parce qu’étant Fils et totalement Fils, 
il est le pauvre.
Heureux, parce qu’étant dans le sein du Père, 
il est en paix avec Dieu et avec lui-même.
Heureux, parce qu’étant dans l’Amour du Père, 
il est Miséricorde.
Heureux, parce qu’étant envoyé par le Père, 
il a faim et soif de nous faire connaître l’Amour de Dieu.
Heureux, parce que crucifié en croix, 
c’est encore l’Amour qui l’anime, 
qu’il nous donne et qu’il manifeste.
Heureux, Bienheureux le Christ : il n’est que Béatitude.
Il est la Béatitude.
Et cette joie, cette allégresse qui l’unit à son Père à profusion, 
il l’a répandue sur nous par l’Esprit Saint qui nous est donné.
Car personne ne peut dire connaître Dieu, 
si ce n’est dans l’Esprit qui scrute 
jusqu’aux profondeurs de Dieu.

En ce jour où nous célébrons en une seule fête 
tous les saints, nous tournons nos regards 
vers tous ces hommes et ces femmes, connues ou inconnues, 
ces amis de Dieu qui ont choisi 
de se laisser totalement habiter par le Christ.
Ils ont connu le vrai bonheur 
qui est d’être en communion avec lui, 
de faire corps avec lui 
car ils ont laissé l’Esprit Saint animer leur vie.

La sainteté consiste à appartenir au Christ.
À essayer de le suivre dans une marche 
au jour le jour, sans cesse en devenir.
Ce qui n’est que commencé et encore si imparfait ici-bas 
s’achèvera cependant et se perfectionnera là-haut.
Alors, comme l’écrit si magnifiquement saint Augustin : 
«Là nous nous reposerons et nous verrons. 
Nous verrons et nous aimerons.
Nous aimerons et nous chanterons.
Voilà ce qui sera, à la fin, sans fin.
Car quelle autre fin aurions-nous sinon de parvenir 
ensemble au royaume qui n’aura pas de fin». 
(La Cité de Dieu, L. XXII, XXX,5)
Il n’y a que dans la sainteté que le bonheur nous est donné.

Seigneur, fais que nous soyons donc saints. Tous saints.
Tous ensemble, tes enfants et tes amis.

Fragment d’une homélie sur la Toussaint inspirée d’un texte de Mgr Rouet, site des FMJ

Anunțuri

Homélie pour le 30e Dimanche. T.O. Année A — Spiritualité 2000

Ça fait du bien d’entendre des paroles d’amour et de compassion comme celles qui nous sont proclamées ce matin : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur … Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

via Homélie pour le 30e Dimanche. T.O. Année A — Spiritualité 2000

Homélie pour le 28e Dimanche. T.O. année A

Il y a quelques années, j’avais le bonheur de bénir le mariage de Sandrine et de Samuel, un couple martiniquais établi à Québec. Comme d’autres activités pastorales m’attendaient tout de suite après la cérémonie, je n’ai pu prendre part au banquet des noces.

via Homélie pour le 28e Dimanche. T.O. Année A — Spiritualité 2000

Ce dimanche

Vingt-septième dimanche du temps ordinaire

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 21,
33-43)
En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux
anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un
homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une
vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et
bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des
vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps
des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons
pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les
vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un,
tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième (…) Finalement,
il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront
mon fils.” Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent
entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous
aurons son héritage !” Ils se saisirent de lui, le jetèrent
hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! quand le maître
de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? ».
On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr
misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons,
qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Jésus
leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : ‘La
pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la
pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la
merveille devant nos yeux !’ Aussi, je vous le dis : Le
royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à
une nation qui lui fera produire ses fruits.

FRUITS CONVOITÉS
Voilà une parabole qui frappe fort ! Ceux à qui elle s’adresse n’ont pas grand effort à faire pour une transposition
accusatrice. L’enjeu de la discussion est bien la vigne et sa fructification. Autrement dit, ce qui est en jeu, c’est le
Royaume de Dieu dont la responsabilité première a été confiée à ceux qui les premiers ont marché avec Dieu. Les
Patriarches et la longue histoire de foi d’Israël sont ce patrimoine spirituel vivant qui s’est transmis de génération en
génération. C’est précisément cet héritage qui aurait dû permettre aux autorités de son temps de reconnaître en
Jésus le Messie tant attendu, comme les Mages l’ont discerné avec les moyens qui leur étaient propres. Au lieu de
cela, Jésus sait qu’il va périr par leurs mains. Mais l’oeuvre de Dieu n’en est pas pour autant stoppée. Le Royaume est
à ceux qui l’attendent. L’histoire continue avec d’autres. Avec nous aujourd’hui.
L’appel à la fructification qui résonne depuis les premières pages de la Bible nous parvient avec le poids de l’histoire.
Celle qui nous précède et celle qui est en train de s’écrire par nos vies. Le Royaume est en marche. Il passe par le
coeur de chacun appelé à la foi et à l’obéissance: à l’amour qui réclame notre vie pour se dire. Toute notre liturgie
est une fenêtre sur cette histoire vivante, sur notre fidélité au Maître de la vigne qui nous a confié sa vigne, le monde
et son fruit de vie. Nous sommes en mission.
Ne confisquons pas le Royaume. Il est pour tous. Ne laissons pas l’Evangile s’arrêter à nos étroitesses, nos impasses,
nos essais de le proportionner à nous. Il est une marche sans repos tant que l’amour ne sera pas l’épicentre de notre
vie et de nos communautés chargées d’en rayonner. Ne tuons pas l’Evangile et son feu. Il est à portée de coeur:
parole et chair offerte, Dieu livré, pour que nous ayions la vie en plénitude et que déborde en nous son amour vers
tous.

Marie-Dominique Minassian
Equipe Evangile@Peinture

 

La mort engloutie

De Raniero Cantalamessa, franciscain, prédicateur de la maison pontificale

Un homme est mort pour tous

Le Credo de l’Eglise se termine par les paroles : « J’attends la résurrection des morts et le monde à venir ». Il ne dit pas ce qui précèdera la résurrection, c’est-à-dire la mort. A juste titre, car la mort n’est pas objet de foi, mais d’expérience. Mais la mort nous concerne de trop près pour la passer sous silence.

Afin d’apprécier le changement opéré par le Christ par rapport à la mort, voyons quels sont les remèdes utilisés par l’homme pour affronter le problème. Remèdes qui sont d’ailleurs les mêmes que ceux qu’il utilise aujourd’hui pour se « consoler ». La mort est le problème humain numéro un. Saint Augustin anticipe la réflexion philosophique moderne sur la mort.

« Quand quelqu’un naît – écrit-il – on fait tant d’hypothèses: peut-être sera-t-il beau, peut-être sera-t-il laid; peut-être sera-t-il riche, peut-être sera-t-il pauvre; peut-être vivra-t-il longtemps, peut-être pas… Mais on ne dit de personne: peut-être qu’il mourra ou peut-être qu’il ne mourra pas. C’est la seule chose absolument sûre de la vie. Quand nous savons que quelqu’un est atteint d’hydropisie [maladie incurable à l’époque, aujourd’hui il y en a d’autres] nous disons: « Le pauvre, il doit mourir ; il est condamné, il n’y a pas de remède ». Mais ne devrions-nous pas dire la même chose pour quelqu’un qui naît ? « Le pauvre, il doit mourir, il n’y a pas d remède, il est condamné! » Quelle différence si cela arrive à plus ou moins long terme? La mort est la maladie mortelle que l’on attrape en naissant » .

Peut-être que plus qu’une « vie mortelle », on devrait dire une « mort vivante » pour qualifier notre vie, une vie mourante. Cette pensée d’Augustin a été reprise par Martin Heidegger qui a fait entrer la mort de plein droit dans l’objet de la philosophie. En définissant la vie et l’homme « un-être-vers-la-mort », il fait de la mort non pas un incident qui met un terme à la vie, mais la nature même de la vie, ce dont elle est faite. Vivre c’est mourir. Chaque instant que nous vivons est quelque chose que l’on brûle, ôté à la vie et remis à la mort . « Vivre-vers-la-mort » signifie que la mort n’est pas seulement la fin, mais aussi le but de la vie. On naît pour mourir, un point c’est tout. Nous venons du néant et retournons au néant. Le néant est l’unique possibilité de l’homme.

C’est le renversement le plus radical de la vision chrétienne, selon laquelle l’homme est un « être-pour-l’éternité ». Toutefois, l’affirmation à laquelle est arrivée la philosophie après sa longue réflexion sur l’homme n’est ni scandaleuse ni absurde. La philosophie fait tout simplement son métier; elle montre ce que serait le destin de l’homme livré à lui-même. Elle aide à comprendre la différence que fait la foi en Jésus-Christ.

Plus que la philosophie ce sont peut-être les poètes qui disent les paroles de sagesse les plus simples et les plus vraies sur la mort. L’un d’eux, Giuseppe Ungaretti, en parlant de l’état d’âme des soldats dans les tranchées pendant la Grande Guerre, décrit la situation de tout homme face au mystère de la mort:

« On est là comme

sur les arbres

les feuilles

d’automne ».

Même dans l’Ancien Testament, on ne trouve pas de réponse claire sur la mort. On en parle dans les livres de sagesse mais toujours sous forme de question. Job, les psaumes, l’Ecclésiaste, Ben Sirac le Sage, le Livre de la Sagesse: tous ces livres accordent une grande attention au thème de la mort. « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours – dit un psaume – afin que nos cœurs pénètrent la sagesse » (Ps 90, 12). Pourquoi naît-t-on ? Pourquoi meurt-on ? Où va-t-on après la mort ? Pour le sage de l’Ancien Testament, la seule réponse valable à toutes ces questions est : Dieu le veut ainsi ; sur tout, il y aura un jugement.

La Bible nous rapporte les opinions inquiétantes des incrédules de l’époque: « Notre existence est brève et triste, rien ne peut guérir l’homme au terme de sa vie, on n’a jamais vu personne revenir du séjour des morts… Nous sommes nés par hasard, et après, nous serons comme si nous n’avions pas existé » (Sg 2, 1 ss.). Il n’y a que dans ce livre de la Sagesse, qui est le plus récent des livres de sagesse, que l’on commence à entrevoir l’idée d’une rétribution après la vie sur terre. Les âmes des justes, pense-t-on, sont dans les mains de Dieu, même si on ne sait pas ce que cela veut dire précisément (cf. Sg 3, 1).

Comment a réagi l’homme à cette dure nécessité ? Une manière de régler rapidement la question fut de ne pas y penser, de se distraire. Pour Epicure, par exemple, la mort est un faux problème: « Quand nous sommes – disait-il – la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ». Elle ne nous concerne donc pas.

On s’est accroché aussi à des remèdes positifs. Le plus universel s’appelle « progéniture », survivre dans ses enfants ou dans sa réputation: « Je ne mourrai pas tout entier (« non omnis moriar ») – disait le poète latin Horace –, car resteront de moi mes écrits, ma réputation ». « J’ai achevé un monument plus durable que le bronze » . Pour le marxisme, l’homme survit dans la société du futur, non comme individu mais comme espèce.

La réincarnation est un autre de ces remèdes palliatifs. Mais c’est une sottise. Ceux qui professent cette doctrine comme partie intégrante de leur culture et de leur religion, c’est-à-dire ceux qui savent vraiment ce qu’est la réincarnation, savent aussi que celle-ci n’est ni un remède ni une consolation, mais une punition. Il ne s’agit pas d’une prorogation accordée au plaisir, mais à la purification. L’âme se réincarne parce qu’elle a encore quelque chose à expier, et si elle doit expier, elle devra souffrir. La parole de Dieu met un terme à toutes ces échappatoires, à toutes ces illusions: « Le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés » (He 9, 27). Une seule fois! La doctrine de la réincarnation est incompatible avec la foi des chrétiens.

Notre époque est allée plus loin. Il existe un mouvement au niveau mondial appelé « transhumanisme ». Celui-ci a plusieurs facettes, pas toutes négatives, mais son noyau commun est la conviction que l’espèce humaine, grâce aux progrès de la technologie, est en passe de se surpasser radicalement, jusqu’à vivre pendant des siècles et peut-être pour toujours! Selon un de ses plus hauts représentants, Zoltan Istvan, l’objectif final sera « devenir comme Dieu et vaincre la mort ». Un croyant juif ou chrétien ne peut pas ne pas penser immédiatement aux paroles, presqu’identiques, qui furent prononcées au début de l’histoire humaine: « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Vous serez comme des dieux » (cf. Gn 3,4-5), avec le résultat que nous connaissons.

La mort engloutie dans la victoire

Il existe un seul vrai remède à la mort, et nous, chrétiens, nous trompons le monde si nous ne le proclamons pas par la parole et la vie. Ecoutons comment l’apôtre Paul annonce au monde ce changement:

« Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ […]. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes » (Rm 5, 12-17).

Le triomphe du Christ sur la mort est décrit avec encore plus d’envolée dans la première lettre aux Corinthiens :

« La mort a été engloutie dans la victoire ». « Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? ». L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; ce qui donne force au péché, c’est la Loi. Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Co 15, 54-57).

Le facteur décisif est situé au moment de la mort du Christ : « Il est mort pour tous » (2 Co 5,15). Mais qu’est-il arrivé de si décisif à ce moment-là pour que le visage même de la mort change ? Nous pouvons imaginer la scène. Le Fils de Dieu est descendu dans la tombe, comme dans une sombre prison, mais il en est sorti en traversant le mur opposé. Il n’est pas retourné en arrière, il n’est pas passé par là où il était entré, comme Lazare qui doit néanmoins mourir à nouveau. Non, il a ouvert une brèche sur le versant opposé de l’éternité, par laquelle tous ceux qui croient en lui, peuvent le suivre.

Un ancien Père écrit: « Il a pris sur lui les souffrances de l’homme qui souffre, avec un corps capable de souffrir, et il a détruit les souffrances de la chair; par l’esprit incapable de mourir, il a tué la mort homicide”. Et saint Augustin: « C’est par les souffrances que Jésus-Christ est passé de la mort à la vie, nous traçant ainsi la voie, à nous qui croyons en sa résurrection, afin que nous passions de la mort à la vie » . La mort est devenue un passage et un passage à ce qui ne passe pas ! C’est bien dit par Chrysostome:

« Certes nous mourons comme avant, mais nous ne restons pas dans la mort: et cela ne veut pas dire mourir. Il y a tyrannie de la mort et mort véritable lorsque les morts n’ont plus la possibilité de retourner à la vie. Mais si l’on vit à nouveau après la mort, et d’une vie meilleure, il ne s’agit plus de mort mais d’un endormissement ».

Toutes ces façons d’expliquer le sens de la mort du Christ sont vraies, mais elles ne nous donnent pas l’explication la plus profonde. Cette explication, on doit la chercher plus dans ce que Jésus, par sa mort, est venu mettre dans la condition humaine, que dans ce qu’il est venu enlever; il faut la chercher dans l’amour de Dieu, pas dans le péché de l’homme. Si Jésus souffre et meurt d’une mort violente, qui lui est infligée par haine, il ne le fait pas seulement pour payer à la place des hommes leur dette insolvable (la dette des dix mille talents de la parabole, remise par le roi !); il meurt crucifié pour que la souffrance et la mort des êtres humains soient habitées par l’amour!

L’homme s’était condamné tout seul à une mort absurde et voilà qu’en entrant dans cette mort il découvre que celle-ci est désormais imprégnée de l’amour de Dieu. L’amour n’a pu se passer de la mort, à cause de la liberté de l’être humain: l’amour de Dieu ne peut éliminer d’un coup de baguette magique la tragique réalité du mal et de la mort. Son amour est obligé de laisser la souffrance et la mort dire ce qu’elles ont à dire. Mais puisque l’amour est entré dans la mort et l’a remplie de la présence de Dieu, c’est désormais à l’amour que revient le dernier mot.

Ce qui a changé dans la mort

Qu’est-ce qui a donc changé, avec Jésus, par rapport à la mort ? Rien et tout ! Rien, pour ce qui est de la raison, et tout, pour ce qui est de la foi. La nécessité d’entrer dans la tombe n’a pas changé, mais on nous donne la possibilité d’en sortir. Comme l’illustre avec force l’icône orthodoxe de la résurrection dont nous voyons une interprétation moderne sur le mur gauche de cette chapelle. Le Ressuscité descend aux enfers et entraîne au-dehors avec lui Adam et Eve, et derrière eux tous ceux qui s’agrippent à lui, dans les enfers de ce monde.

Cette scène montre le comportement paradoxal du croyant face à la mort, à la fois si semblable et si différent de tous les autres. Un comportement fait de tristesse, de peur, d’horreur, car il sait qu’il doit descendre dans cet abîme obscur; mais d’espérance aussi parce qu’il sait qu’il peut en sortir. « Si la certitude de devoir mourir nous attriste – dit la préface des défunts – la promesse de l’immortalité future nous console ». Aux fidèles de Thessalonique, affligés par la mort de certains d’entre eux, saint Paul écrivait:

« Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui. » (1 Th 4, 13-14).

Il ne leur demande pas de ne pas être affligés par la mort, mais de ne pas l’être « comme les autres », comme les non croyants. La mort, pour le croyant, n’est pas la fin de la vie mais le début de la vraie vie; ce n’est pas un saut dans le vide mais un saut dans l’éternité. La mort est une naissance et un baptême. C’est une naissance, parce que la vraie vie ne commence qu’à ce moment-là, cette vie qui ne va pas vers la mort mais dure pour toujours. C’est pourquoi l’Eglise ne célèbre pas la fête des saints le jour de leur naissance sur terre, mais le jour de leur naissance au ciel, leur « dies natalis ». Entre une vie de foi dans le temps et la vie éternelle il y a le même rapport que celui qui existe entre la vie de l’embryon dans le sein maternel et celle de l’enfant, une fois né. Cabasilas écrit :

« Ce monde porte en lui le nouvel homme intérieur, celui qui a été créé par Dieu, afin que, façonné et conformé ici-bas, il est enfin enfanté pour un monde parfait et éternellement jeune. De même que la nature prépare l’embryon, tant qu’il est dans une vie obscure, pour une vie dans la lumière, de même en est-il des saints » .

La mort est aussi un baptême. Jésus parle de sa mort en disant : « Je dois recevoir un baptême » (Lc 12,50). Saint Paul parle d’un baptême « dans la mort du Christ » (Rm 6,4). Autrefois, au moment du baptême, la personne était entièrement immergée dans l’eau; tous les péchés et tout le vieil homme étaient ensevelis dans l’eau et il en ressortait une créature toute neuve, symbolisée par la tunique blanche qu’il devait porter. C’est la même chose pour la mort: la chenille meurt et naît le papillon. Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé » (Ap 21, 4). Tout est enseveli à jamais.

Pendant des siècles, surtout après le XVIIème siècle, un aspect important de l’ascèse catholique consistait en une « préparation à la mort », c’est-à-dire à méditer sur la mort, en décrivant ses divers stades et son avancée inexorable de la périphérie du corps jusqu’au cœur. Presque toutes les peintures de saints datant de cette période, on voit une tête de mort placée à côté d’eux. Même François d’Assise qui avait appelé la mort sa « sœur ».

Le cimetière des Capucins de Via Veneto, reste une des attractions touristiques de Rome. Il est indéniable que tout cela peut constituer un rappel encore utile à une époque aussi sécularisée et insouciante que la nôtre; surtout si on lit comme un avertissement l’inscription surmontant un des squelettes dans ce cimetière: « Ce que tu es, je fus; ce que je suis, tu seras ».

Tout cela a donné le prétexte à certains de dire que le christianisme s’impose par la peur de la mort. Mais c’est une terrible erreur. Le christianisme, nous l’avons vu, n’est pas fait pour augmenter la peur de la mort, mais pour l’enlever; Jésus-Christ, dit la Lettre aux Hébreux, est venu « libérer tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves » (He 2,15). Le christianisme trace sa route non pas avec la pensée de notre mort, mais avec celle de la mort du Christ !

C’est pourquoi, il est plus efficace de méditer sur la passion et la mort de Jésus que sur notre mort à nous. Et nous devons dire, en l’honneur des générations qui nous ont précédés, qu’une telle méditation était une pratique courante aussi dans la spiritualité, aux siècles que nous venons d’évoquer. Cette méditation suscite émotion et gratitude, et non de l’angoisse; elle nous fait dire, comme à l’apôtre Paul: « Il m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ! » (Ga 2, 20).

Voici un « pieux exercice » que j’aime recommander durant le Carême : prendre un Evangile et, pour soi-même, lire un récit de la Passion calmement et en entier. J’ai connu une dame, une intellectuelle, qui se disait athée. Un jour lui est tombée dessus une de ces nouvelles qui vous laissent comme morts: sa fille de seize ans était atteinte d’une tumeur osseuse. On l’opère. Elle reviendra de la salle d’opération ravagée, avec des tuyaux, des sondes et des perfusions partout. Elle souffre terriblement, gémit et ne veut entendre aucune parole de réconfort.

Sa maman, la sachant pieuse et religieuse, lui propose: « Veux-tu que je te lise quelque chose de l’Evangile ? ». « Oui, maman! ». « Quoi ? ». « Lis-moi la passion ». Cette dame, qui n’avait jamais lu un évangile, court en acheter un chez les aumôniers; elle s’assoit à son chevet et commence à lire. Au bout d’un petit moment sa fille s’endort, mais elle, elle poursuit sa lecture, dans la pénombre, en silence, jusqu’au bout. « La fille s’endormait – dira-t-elle plus tard, dans le livre qu’elle a écrit après la mort de sa fille –, et la maman se réveillait ! » Elle se réveillait de son athéisme. La lecture de la Passion du Christ avait changé sa vie à jamais .

Terminons par la simple mais intense prière de la liturgie: « Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi, quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum ». « Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons parce que par ta sainte croix tu as racheté le monde ».

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Traduction de Zenit

1.S. Ignace d’Antioche, Lettre aux Ephésiens, 17.

2.S. Augustin, Epître 55, 1, 2 (CSEL, 34,1, p.170).

3.Cf. S. Augustin, Sermon Guelf. 12, 3 (Misc. Ag. I, p. 482 s.).

4.S. Augustin, Confessions I, 6, 7.

5.Cf. M. Heidegger, L’Etre et le Temps, § 51, Longanesi, Milan 1976, p. 308 s.

6.Horace, Odes, III, 30,1.6.

7.Méliton de Sardes, Sur Pâques, 66 (SCh 123, p. 96).

8.S. Augustin, Commentaire sur les Psaumes, 120,6.

9.S. Jean Chrysostome, In Haebr, hom. 17,2 (PG 63, 129).

10.N. Cabasilas, Vie en Jésus-Christ, I, 1-2, édition de U. Neri, UTET, Turin 1971, 65-67.

11.Cf. Rosanna Garofalo, Sopra le ali dell’aquila, Ancora, Milan 1993.

 

Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire

24 septembre 2017
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 20, 1-16a)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « En
effet, le royaume des Cieux est comparable au maître d’un
domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers
pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la
journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les
envoya à sa vigne. (…) Vers cinq heures, il sortit encore, en
trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous
restés là, toute la journée, sans rien faire ? ». Ils lui répondirent :
“Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à
ma vigne, vous aussi. » Le soir venu, le maître de la vigne dit à
son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en
commençant par les derniers pour finir par les premiers.” Ceux
qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent
chacun une pièce d’un denier. Quand vint le tour des premiers,
ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi,
chacun une pièce d’un denier. En la recevant, ils récriminaient
contre le maître du domaine : “Ceux-là, les derniers venus, n’ont
fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons
enduré le poids du jour et la chaleur !” Mais le maître répondit
à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi.
N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce
qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant
qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes
biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis
bon ?” C’est ainsi que les derniers seront les premiers.

SALAIRE UNIQUE
Ce maître de domaine a de quoi surprendre, il faut le reconnaître. On ne peut pas dire qu’il soit dans le calcul. Et c’est peut-être cela qui dérange dès l’instant où l’on parle salaire. Un salaire est toujours en rapport avec une tâche ou une responsabilité plus ou moins valorisée. Ici, le salaire dont on parle n’est pas
la rémunération d’un travail mais le bon vouloir du maître du domaine qui appelle et donne à tous la même chose: le débordement de son coeur bon et généreux.

Le salaire parle ainsi moins du travail réalisé que de la joie de ce maître que tous soient au travail et que personne ne reste au bord du chemin. La récrimination des premiers devant cette libéralité est au contraire symptomatique d’un coeur en calcul dont la grille d’appréciation passe au crible tous ceux qui pourraient
prétendre à ce qu’ils ont.

Insupportable de penser qu’un autre pourrait recevoir autant que soi pour moins
de travail… et pourtant. Le Royaume n’a rien d’autre à offrir que la vie éternelle, salaire offert à tous ceux qui, sur le chemin de leur vie, croisent son appel. Pas d’autre récompense que l’amour.

Et sur l’échelle de l’amour, ce n’est pas le mérite qui vient régler l’intensité de ce qui est reçu. C’est la gratuité qui commande l’amour, la joie de l’offrir. L’accueillir c’est alors entrer dans sa danse et libérer le coeur du mode calcul dans lequel il est si souvent enfermé. C’est entrer dans la joie que tous puissent y accéder un jour, une heure ou bien tout une vie. Comment ne pas vouloir pour les autres ce merveilleux don ?

Puissions-nous donc entrer dans cette grâce offerte d’une vie éclairée par la bonté de Dieu. Réjouissons-nous: il nous appelle à partager sa vie et à nous réjouir avec lui que tous puissent y participer. Accueillons son désir qui a pris chair en Jésus et recevons de lui, corps et sang, un coeur détendu et élargi aux dimensions du Royaume.

Marie-Dominique Minassian
Equipe Evangile@Peinture

A 24-a duminica de peste an

Il est difficile de ne plus parler du 11 septembre 2001. La douleur et l’horreur, les souffrances et les malheurs attachés à ce jour, qui d’entre nous peut les oublier ? Cette année encore, 16 ans plus tard, le message de l’Évangile nous interpelle, nous et tous ceux et celles que des frappes épouvantables ont humiliés,…

via Homélie pour le 24e Dimanche T.O. Année A — Spiritualité 2000