Jeudi 30 novembre 2017: Fête de saint André, apôtre

Saint(s) du jour : St André, le Protoclet, apôtre et martyr († v. 62)St Joseph Marchand, prêtre m.e.p. et martyr († 1835) 

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 10,9-18.

Frère, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. 
Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. 
En effet, l’Écriture dit : ‘Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte’. 
Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. 
En effet, ‘quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé’. 
Or, comment l’invoquer, si on n’a pas mis sa foi en lui ? Comment mettre sa foi en lui, si on ne l’a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ? 
Comment proclamer sans être envoyé ? Il est écrit : ‘Comme ils sont beaux, les pas des messagers qui annoncent les bonnes nouvelles!’ 
Et pourtant, tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle. Isaïe demande en effet : ‘Qui a cru, Seigneur, en nous entendant parler ?’ 
Or la foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ. 
Alors, je pose la question : n’aurait-on pas entendu ? Mais si, bien sûr ! Un psaume le dit : ‘Sur toute la terre se répand leur message, et leurs paroles, jusqu’aux limites du monde’.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 4,18-22.

En ce temps-là, comme Jésus marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs. 
Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » 
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. 
De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela. 
Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent. 
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

Commentaire du jour :

Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Audience générale du 14/06/06 (trad. DC 2362, p. 663 © Libreria Editrice Vaticana)

Saint André, apôtre du monde grec 

La première caractéristique qui frappe chez André, le frère de Simon Pierre, c’est son nom ; il n’est pas hébraïque, comme on aurait pu s’y attendre, mais grec, signe non négligeable d’une certaine ouverture culturelle de sa famille… À Jérusalem, peu avant la Passion, des Grecs étaient venus dans la ville sainte… pour adorer le Dieu d’Israël en la fête de la Pâque. André et Philippe, les deux apôtres aux noms grecs, servent d’interprètes et de médiateurs auprès de Jésus à ce petit groupe… Jésus dit aux deux disciples, et par leur intermédiaire au monde grec :

« L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié. Amen, amen, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn 12,23-24).

Que signifient ces paroles dans ce contexte ? Jésus veut dire : oui, la rencontre entre moi-même et les Grecs aura lieu, mais non pas comme un entretien simple et bref entre moi et d’autres personnes, poussées surtout par la curiosité. Avec ma mort, comparable à la chute en terre d’un grain de blé, viendra l’heure de ma glorification. De ma mort sur la croix viendra la grande fécondité. Le grain de blé mort, symbole de moi-même crucifié, deviendra dans la résurrection pain de vie pour le monde ; il sera lumière pour les peuples et les cultures… En d’autres mots, Jésus prophétise l’Église des Grecs, l’Église des païens, l’Église du monde comme fruit de sa pâque. 

Des traditions très anciennes voient en André… l’apôtre des Grecs dans les années qui ont suivi la Pentecôte ; elles nous font goûter que, dans le reste de sa vie, il a été annonciateur et interprète de Jésus pour le monde grec. Pierre, son frère, de Jérusalem en passant par Antioche, est parvenu à Rome pour y exercer sa mission universelle ; André a été au contraire l’apôtre du monde grec. Ils apparaissent ainsi, dans la vie et dans la mort, comme de vrais frères — une fraternité qui s’exprime symboliquement dans le rapport spécial entre les Sièges de Rome et de Constantinople, Églises vraiment sœurs.

 

Anunțuri

Une prière juive

Selon la légende, les Sages de la Grande Assemblée qui siégeaient à Jérusalem à l’époque du Temple, chargés de légiférer, ont rédigé ces louanges en copiant un texte inspiré par le ciel. Dans cette bénédiction, le mot Barou’h «Béni» est répété à treize reprises, qui correspondent aux treize attributs divins de miséricorde. Avec cette prière commence la deuxième partie de l’office du matin, pessouké de zimra, versets des chants qui ont pour but de glorifier l’Éternel pour mieux préparer le fidèle à la prière, le mettre en situation d’invoquer le Créateur.

Barou’h chéamar est récité debout et les tsitsit à la main pour marquer qu’il s’agit là de glorifier le divin, ce que l’homme peut en percevoir à travers ses attributs. Cette prière doit également son importance au fait qu’elle donne des indications sur la signification du Tétragramme. Il participe de la dimension de miséricorde qui implique que le Créateur est proche de ses créatures. Car, promet-Il, «Je serai avec toi et Je te protégerai» (cf. Ps 91,14)


Béni soit celui qui a dit et le monde fut.
Béni soit celui qui dit et accomplit. Béni soit-il!
Béni soit celui qui décrète et réalise.
Béni soit l’auteur de la création.
Béni soit celui qui prend la terre en pitié.
Béni soit celui qui prend les créatures en pitié.
Béni soit celui qui récompense ceux qui le craignent.
Béni soit celui qui rachète et qui sauve; béni soit son nom!
Béni sois-tu, Éternel, Roi du monde,
Dieu, père miséricordieux, célébré par la bouche de son peuple,
loué, glorifié par ceux qui l’aiment, ses serviteurs.

Par les psaumes de David, ton serviteur, nous te louons, ô Éternel, notre Dieu.
Par des louanges et des cantiques, nous célébrons ta grandeur, nous te louons, nous te glorifions, nous te proclamons Roi et mentionnons ton Nom, ô notre Roi, notre Dieu Unique, éternellement Vivant. Roi révéré dont le grand Nom est glorifié à jamais.

Béni sois-tu, ô Dieu. Souverain magnifié par les louanges.

http://www.spiritualite2000.com/2017/11/barouh-cheamar-beni-soit-celui-qui-a-dit-5/

Cuvinte simple…

… cuvinte de credinta

Din „Sagesse d’un pauvre de Eloi Leclerc;

  • talmacire publicata de editura Sapientia Iasi

„Francisc a suspinat:
– Vai! Dacă aş avea credinţă măcar cât un grăunte de muştar…!
– … Ai zice muntelui „Pleacă de aici!” şi muntele ar dispărea, a completat Clara.
– Da, înţeleg. Însă eu parcă am orbit. Am nevoie să mă ia cineva de mână şi să mă călăuzească.

– Cine-l vede pe Dumnezeu nu este orb, a replicat Clara.
– Vai mie! În aşa o beznă nu fac decât să bâjbâi fără să văd nimic.
– Şi totuşi, Dumnezeu te călăuzeşte.
– Da, cred asta, cu toate cele petrecute.

Se auzeau păsările ciripind în grădină. În depărtare, pe câmpie, a scos un răget un măgar. Un clopot a început să bată, îndepărtat, dar limpede.
– Viitorul familiei religioase pe care mi-a încredinţat-o Domnul nostru, a zis apoi Francisc, este cu siguranţă ceva prea mare şi important ca să depindă numai de mine şi să mă facă să-mi pierd minţile de îngrijorare. Este şi treaba lui Dumnezeu, este, mai ales, treaba lui Dumnezeu. Bine ai zis. Roagă-te numai pentru ca spusele acestea să încolţească în mine ca o sămânţă a păcii.

WP_20170221_14_54_25_Pro.jpgFrancisc a rămas câteva zile la San Damiano. Îngrijit de Clara, şi-a mai venit în fire. Scăldat de pacea mănăstirii şi de lumina dulce a primăverii umbriene, Francisc făcea impresia că şi-a trimis grijile şi neliniştile la plimbare. Asculta cu plăcere cântând ciocârliile. Le căuta din priviri pe cerul imens şi adânc pe care se pierdeau. Noaptea, retras într-o colibă din fundul grădinii, îşi petrecea clipele de nesomn privind printr-o ferestruică la întinsul înstelat

Despre muzica si suflet

Toma de Celano povesteşte că, într-o zi, Francisc
din Assisi, aflat la Rieti ca să-şi îngrijească ochii bolnavi,
i-a cerut unui frate ce fusese înainte muzicant:

„Mi-ai face o mare bucurie dacă te-ai duce să împrumuţi
discret o chitară; îmi vei compune melodii frumoase;
mi-ar mai alina durerile”. Însă fratele i-a răspuns:
„Cum să fac una ca asta, părinte, aş muri de
ruşine dacă oamenii s-ar gândi că mă las ispitit din
nou de cele lumeşti”. „Ei bine, să nu mai vorbim despre
asta”, a răspuns Francisc. În noaptea următoare,
pe când Francisc veghea, gândindu-se la Dumnezeu, a
auzit o muzică minunată, un sunet pur de chitară ce
depăna melodii fermecate. Era cea mai frumoasă muzică
pe care o auzise vreodată. Nu se vedea nimeni primprejur,
dar se putea ghici după sunet că instrumentistul
se apropia şi se îndepărta. Era o asemenea bucurie să-l
asculţi, o asemenea încântare, că lui Francisc i se păru
că aripi nevăzute l-au luat pe sus, ridicându-l până la
ceruri. A doua zi de dimineaţă, i-a povestit fratelui
care stătea cu el ce se petrecuse în timpul nopţii, adă-
ugând: „Lipsit de muzică omenească, am auzit una şi
mai frumoasă”

Muzica aceasta fără chip şi fără cuvinte, ce răsună
nespus de limpede în liniştea nocturnă, e cântarea
unei Prezenţe pe care e bine să nu încerci să o defineşti.
A-i da un nume i-ar distruge farmecul. Căci adevăratul
nume îi este Încântare.

Eloi Leclerc, Chemin de contemplation, ed rom Cale de indumnezeire, editura Sapientia

La mort engloutie

De Raniero Cantalamessa, franciscain, prédicateur de la maison pontificale

Un homme est mort pour tous

Le Credo de l’Eglise se termine par les paroles : « J’attends la résurrection des morts et le monde à venir ». Il ne dit pas ce qui précèdera la résurrection, c’est-à-dire la mort. A juste titre, car la mort n’est pas objet de foi, mais d’expérience. Mais la mort nous concerne de trop près pour la passer sous silence.

Afin d’apprécier le changement opéré par le Christ par rapport à la mort, voyons quels sont les remèdes utilisés par l’homme pour affronter le problème. Remèdes qui sont d’ailleurs les mêmes que ceux qu’il utilise aujourd’hui pour se « consoler ». La mort est le problème humain numéro un. Saint Augustin anticipe la réflexion philosophique moderne sur la mort.

« Quand quelqu’un naît – écrit-il – on fait tant d’hypothèses: peut-être sera-t-il beau, peut-être sera-t-il laid; peut-être sera-t-il riche, peut-être sera-t-il pauvre; peut-être vivra-t-il longtemps, peut-être pas… Mais on ne dit de personne: peut-être qu’il mourra ou peut-être qu’il ne mourra pas. C’est la seule chose absolument sûre de la vie. Quand nous savons que quelqu’un est atteint d’hydropisie [maladie incurable à l’époque, aujourd’hui il y en a d’autres] nous disons: « Le pauvre, il doit mourir ; il est condamné, il n’y a pas de remède ». Mais ne devrions-nous pas dire la même chose pour quelqu’un qui naît ? « Le pauvre, il doit mourir, il n’y a pas d remède, il est condamné! » Quelle différence si cela arrive à plus ou moins long terme? La mort est la maladie mortelle que l’on attrape en naissant » .

Peut-être que plus qu’une « vie mortelle », on devrait dire une « mort vivante » pour qualifier notre vie, une vie mourante. Cette pensée d’Augustin a été reprise par Martin Heidegger qui a fait entrer la mort de plein droit dans l’objet de la philosophie. En définissant la vie et l’homme « un-être-vers-la-mort », il fait de la mort non pas un incident qui met un terme à la vie, mais la nature même de la vie, ce dont elle est faite. Vivre c’est mourir. Chaque instant que nous vivons est quelque chose que l’on brûle, ôté à la vie et remis à la mort . « Vivre-vers-la-mort » signifie que la mort n’est pas seulement la fin, mais aussi le but de la vie. On naît pour mourir, un point c’est tout. Nous venons du néant et retournons au néant. Le néant est l’unique possibilité de l’homme.

C’est le renversement le plus radical de la vision chrétienne, selon laquelle l’homme est un « être-pour-l’éternité ». Toutefois, l’affirmation à laquelle est arrivée la philosophie après sa longue réflexion sur l’homme n’est ni scandaleuse ni absurde. La philosophie fait tout simplement son métier; elle montre ce que serait le destin de l’homme livré à lui-même. Elle aide à comprendre la différence que fait la foi en Jésus-Christ.

Plus que la philosophie ce sont peut-être les poètes qui disent les paroles de sagesse les plus simples et les plus vraies sur la mort. L’un d’eux, Giuseppe Ungaretti, en parlant de l’état d’âme des soldats dans les tranchées pendant la Grande Guerre, décrit la situation de tout homme face au mystère de la mort:

« On est là comme

sur les arbres

les feuilles

d’automne ».

Même dans l’Ancien Testament, on ne trouve pas de réponse claire sur la mort. On en parle dans les livres de sagesse mais toujours sous forme de question. Job, les psaumes, l’Ecclésiaste, Ben Sirac le Sage, le Livre de la Sagesse: tous ces livres accordent une grande attention au thème de la mort. « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours – dit un psaume – afin que nos cœurs pénètrent la sagesse » (Ps 90, 12). Pourquoi naît-t-on ? Pourquoi meurt-on ? Où va-t-on après la mort ? Pour le sage de l’Ancien Testament, la seule réponse valable à toutes ces questions est : Dieu le veut ainsi ; sur tout, il y aura un jugement.

La Bible nous rapporte les opinions inquiétantes des incrédules de l’époque: « Notre existence est brève et triste, rien ne peut guérir l’homme au terme de sa vie, on n’a jamais vu personne revenir du séjour des morts… Nous sommes nés par hasard, et après, nous serons comme si nous n’avions pas existé » (Sg 2, 1 ss.). Il n’y a que dans ce livre de la Sagesse, qui est le plus récent des livres de sagesse, que l’on commence à entrevoir l’idée d’une rétribution après la vie sur terre. Les âmes des justes, pense-t-on, sont dans les mains de Dieu, même si on ne sait pas ce que cela veut dire précisément (cf. Sg 3, 1).

Comment a réagi l’homme à cette dure nécessité ? Une manière de régler rapidement la question fut de ne pas y penser, de se distraire. Pour Epicure, par exemple, la mort est un faux problème: « Quand nous sommes – disait-il – la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ». Elle ne nous concerne donc pas.

On s’est accroché aussi à des remèdes positifs. Le plus universel s’appelle « progéniture », survivre dans ses enfants ou dans sa réputation: « Je ne mourrai pas tout entier (« non omnis moriar ») – disait le poète latin Horace –, car resteront de moi mes écrits, ma réputation ». « J’ai achevé un monument plus durable que le bronze » . Pour le marxisme, l’homme survit dans la société du futur, non comme individu mais comme espèce.

La réincarnation est un autre de ces remèdes palliatifs. Mais c’est une sottise. Ceux qui professent cette doctrine comme partie intégrante de leur culture et de leur religion, c’est-à-dire ceux qui savent vraiment ce qu’est la réincarnation, savent aussi que celle-ci n’est ni un remède ni une consolation, mais une punition. Il ne s’agit pas d’une prorogation accordée au plaisir, mais à la purification. L’âme se réincarne parce qu’elle a encore quelque chose à expier, et si elle doit expier, elle devra souffrir. La parole de Dieu met un terme à toutes ces échappatoires, à toutes ces illusions: « Le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés » (He 9, 27). Une seule fois! La doctrine de la réincarnation est incompatible avec la foi des chrétiens.

Notre époque est allée plus loin. Il existe un mouvement au niveau mondial appelé « transhumanisme ». Celui-ci a plusieurs facettes, pas toutes négatives, mais son noyau commun est la conviction que l’espèce humaine, grâce aux progrès de la technologie, est en passe de se surpasser radicalement, jusqu’à vivre pendant des siècles et peut-être pour toujours! Selon un de ses plus hauts représentants, Zoltan Istvan, l’objectif final sera « devenir comme Dieu et vaincre la mort ». Un croyant juif ou chrétien ne peut pas ne pas penser immédiatement aux paroles, presqu’identiques, qui furent prononcées au début de l’histoire humaine: « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Vous serez comme des dieux » (cf. Gn 3,4-5), avec le résultat que nous connaissons.

La mort engloutie dans la victoire

Il existe un seul vrai remède à la mort, et nous, chrétiens, nous trompons le monde si nous ne le proclamons pas par la parole et la vie. Ecoutons comment l’apôtre Paul annonce au monde ce changement:

« Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ […]. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes » (Rm 5, 12-17).

Le triomphe du Christ sur la mort est décrit avec encore plus d’envolée dans la première lettre aux Corinthiens :

« La mort a été engloutie dans la victoire ». « Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? ». L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; ce qui donne force au péché, c’est la Loi. Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Co 15, 54-57).

Le facteur décisif est situé au moment de la mort du Christ : « Il est mort pour tous » (2 Co 5,15). Mais qu’est-il arrivé de si décisif à ce moment-là pour que le visage même de la mort change ? Nous pouvons imaginer la scène. Le Fils de Dieu est descendu dans la tombe, comme dans une sombre prison, mais il en est sorti en traversant le mur opposé. Il n’est pas retourné en arrière, il n’est pas passé par là où il était entré, comme Lazare qui doit néanmoins mourir à nouveau. Non, il a ouvert une brèche sur le versant opposé de l’éternité, par laquelle tous ceux qui croient en lui, peuvent le suivre.

Un ancien Père écrit: « Il a pris sur lui les souffrances de l’homme qui souffre, avec un corps capable de souffrir, et il a détruit les souffrances de la chair; par l’esprit incapable de mourir, il a tué la mort homicide”. Et saint Augustin: « C’est par les souffrances que Jésus-Christ est passé de la mort à la vie, nous traçant ainsi la voie, à nous qui croyons en sa résurrection, afin que nous passions de la mort à la vie » . La mort est devenue un passage et un passage à ce qui ne passe pas ! C’est bien dit par Chrysostome:

« Certes nous mourons comme avant, mais nous ne restons pas dans la mort: et cela ne veut pas dire mourir. Il y a tyrannie de la mort et mort véritable lorsque les morts n’ont plus la possibilité de retourner à la vie. Mais si l’on vit à nouveau après la mort, et d’une vie meilleure, il ne s’agit plus de mort mais d’un endormissement ».

Toutes ces façons d’expliquer le sens de la mort du Christ sont vraies, mais elles ne nous donnent pas l’explication la plus profonde. Cette explication, on doit la chercher plus dans ce que Jésus, par sa mort, est venu mettre dans la condition humaine, que dans ce qu’il est venu enlever; il faut la chercher dans l’amour de Dieu, pas dans le péché de l’homme. Si Jésus souffre et meurt d’une mort violente, qui lui est infligée par haine, il ne le fait pas seulement pour payer à la place des hommes leur dette insolvable (la dette des dix mille talents de la parabole, remise par le roi !); il meurt crucifié pour que la souffrance et la mort des êtres humains soient habitées par l’amour!

L’homme s’était condamné tout seul à une mort absurde et voilà qu’en entrant dans cette mort il découvre que celle-ci est désormais imprégnée de l’amour de Dieu. L’amour n’a pu se passer de la mort, à cause de la liberté de l’être humain: l’amour de Dieu ne peut éliminer d’un coup de baguette magique la tragique réalité du mal et de la mort. Son amour est obligé de laisser la souffrance et la mort dire ce qu’elles ont à dire. Mais puisque l’amour est entré dans la mort et l’a remplie de la présence de Dieu, c’est désormais à l’amour que revient le dernier mot.

Ce qui a changé dans la mort

Qu’est-ce qui a donc changé, avec Jésus, par rapport à la mort ? Rien et tout ! Rien, pour ce qui est de la raison, et tout, pour ce qui est de la foi. La nécessité d’entrer dans la tombe n’a pas changé, mais on nous donne la possibilité d’en sortir. Comme l’illustre avec force l’icône orthodoxe de la résurrection dont nous voyons une interprétation moderne sur le mur gauche de cette chapelle. Le Ressuscité descend aux enfers et entraîne au-dehors avec lui Adam et Eve, et derrière eux tous ceux qui s’agrippent à lui, dans les enfers de ce monde.

Cette scène montre le comportement paradoxal du croyant face à la mort, à la fois si semblable et si différent de tous les autres. Un comportement fait de tristesse, de peur, d’horreur, car il sait qu’il doit descendre dans cet abîme obscur; mais d’espérance aussi parce qu’il sait qu’il peut en sortir. « Si la certitude de devoir mourir nous attriste – dit la préface des défunts – la promesse de l’immortalité future nous console ». Aux fidèles de Thessalonique, affligés par la mort de certains d’entre eux, saint Paul écrivait:

« Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui. » (1 Th 4, 13-14).

Il ne leur demande pas de ne pas être affligés par la mort, mais de ne pas l’être « comme les autres », comme les non croyants. La mort, pour le croyant, n’est pas la fin de la vie mais le début de la vraie vie; ce n’est pas un saut dans le vide mais un saut dans l’éternité. La mort est une naissance et un baptême. C’est une naissance, parce que la vraie vie ne commence qu’à ce moment-là, cette vie qui ne va pas vers la mort mais dure pour toujours. C’est pourquoi l’Eglise ne célèbre pas la fête des saints le jour de leur naissance sur terre, mais le jour de leur naissance au ciel, leur « dies natalis ». Entre une vie de foi dans le temps et la vie éternelle il y a le même rapport que celui qui existe entre la vie de l’embryon dans le sein maternel et celle de l’enfant, une fois né. Cabasilas écrit :

« Ce monde porte en lui le nouvel homme intérieur, celui qui a été créé par Dieu, afin que, façonné et conformé ici-bas, il est enfin enfanté pour un monde parfait et éternellement jeune. De même que la nature prépare l’embryon, tant qu’il est dans une vie obscure, pour une vie dans la lumière, de même en est-il des saints » .

La mort est aussi un baptême. Jésus parle de sa mort en disant : « Je dois recevoir un baptême » (Lc 12,50). Saint Paul parle d’un baptême « dans la mort du Christ » (Rm 6,4). Autrefois, au moment du baptême, la personne était entièrement immergée dans l’eau; tous les péchés et tout le vieil homme étaient ensevelis dans l’eau et il en ressortait une créature toute neuve, symbolisée par la tunique blanche qu’il devait porter. C’est la même chose pour la mort: la chenille meurt et naît le papillon. Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé » (Ap 21, 4). Tout est enseveli à jamais.

Pendant des siècles, surtout après le XVIIème siècle, un aspect important de l’ascèse catholique consistait en une « préparation à la mort », c’est-à-dire à méditer sur la mort, en décrivant ses divers stades et son avancée inexorable de la périphérie du corps jusqu’au cœur. Presque toutes les peintures de saints datant de cette période, on voit une tête de mort placée à côté d’eux. Même François d’Assise qui avait appelé la mort sa « sœur ».

Le cimetière des Capucins de Via Veneto, reste une des attractions touristiques de Rome. Il est indéniable que tout cela peut constituer un rappel encore utile à une époque aussi sécularisée et insouciante que la nôtre; surtout si on lit comme un avertissement l’inscription surmontant un des squelettes dans ce cimetière: « Ce que tu es, je fus; ce que je suis, tu seras ».

Tout cela a donné le prétexte à certains de dire que le christianisme s’impose par la peur de la mort. Mais c’est une terrible erreur. Le christianisme, nous l’avons vu, n’est pas fait pour augmenter la peur de la mort, mais pour l’enlever; Jésus-Christ, dit la Lettre aux Hébreux, est venu « libérer tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves » (He 2,15). Le christianisme trace sa route non pas avec la pensée de notre mort, mais avec celle de la mort du Christ !

C’est pourquoi, il est plus efficace de méditer sur la passion et la mort de Jésus que sur notre mort à nous. Et nous devons dire, en l’honneur des générations qui nous ont précédés, qu’une telle méditation était une pratique courante aussi dans la spiritualité, aux siècles que nous venons d’évoquer. Cette méditation suscite émotion et gratitude, et non de l’angoisse; elle nous fait dire, comme à l’apôtre Paul: « Il m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ! » (Ga 2, 20).

Voici un « pieux exercice » que j’aime recommander durant le Carême : prendre un Evangile et, pour soi-même, lire un récit de la Passion calmement et en entier. J’ai connu une dame, une intellectuelle, qui se disait athée. Un jour lui est tombée dessus une de ces nouvelles qui vous laissent comme morts: sa fille de seize ans était atteinte d’une tumeur osseuse. On l’opère. Elle reviendra de la salle d’opération ravagée, avec des tuyaux, des sondes et des perfusions partout. Elle souffre terriblement, gémit et ne veut entendre aucune parole de réconfort.

Sa maman, la sachant pieuse et religieuse, lui propose: « Veux-tu que je te lise quelque chose de l’Evangile ? ». « Oui, maman! ». « Quoi ? ». « Lis-moi la passion ». Cette dame, qui n’avait jamais lu un évangile, court en acheter un chez les aumôniers; elle s’assoit à son chevet et commence à lire. Au bout d’un petit moment sa fille s’endort, mais elle, elle poursuit sa lecture, dans la pénombre, en silence, jusqu’au bout. « La fille s’endormait – dira-t-elle plus tard, dans le livre qu’elle a écrit après la mort de sa fille –, et la maman se réveillait ! » Elle se réveillait de son athéisme. La lecture de la Passion du Christ avait changé sa vie à jamais .

Terminons par la simple mais intense prière de la liturgie: « Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi, quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum ». « Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons parce que par ta sainte croix tu as racheté le monde ».

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Traduction de Zenit

1.S. Ignace d’Antioche, Lettre aux Ephésiens, 17.

2.S. Augustin, Epître 55, 1, 2 (CSEL, 34,1, p.170).

3.Cf. S. Augustin, Sermon Guelf. 12, 3 (Misc. Ag. I, p. 482 s.).

4.S. Augustin, Confessions I, 6, 7.

5.Cf. M. Heidegger, L’Etre et le Temps, § 51, Longanesi, Milan 1976, p. 308 s.

6.Horace, Odes, III, 30,1.6.

7.Méliton de Sardes, Sur Pâques, 66 (SCh 123, p. 96).

8.S. Augustin, Commentaire sur les Psaumes, 120,6.

9.S. Jean Chrysostome, In Haebr, hom. 17,2 (PG 63, 129).

10.N. Cabasilas, Vie en Jésus-Christ, I, 1-2, édition de U. Neri, UTET, Turin 1971, 65-67.

11.Cf. Rosanna Garofalo, Sopra le ali dell’aquila, Ancora, Milan 1993.